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vendredi 27 juillet 2018

Benalla, le protégé de Macron, donne sa version du scandale d'Etat qui ébranle le président

L'individu a choisi d'accorder un entretien au journal Le Monde qui diffusa l'affaire

Prière de lire "décembre 2016". Merci pour le signalement et votre indulgence

L'homme par qui le scandale arrive : son histoire et ses incohérences


Neuf jours après la révélation du passage à tabac, par ses soins, de militants d'extrême gauchele 1er mai à Paris et de son statut très particulier à l'ElyséeAlexandre Benalla livre son récit. Le journal Le Monde précise qu'il ne lui a pas donné ses déclarations à relire, ce qui lui autorise des contestations et des rétropédalages, comme aux responsables auditionnés par la Commission des lois de l'Assemblée siégeant en tant que commission d'enquête.

Parmi ses principales déclarations, voici celles qui contredisent notamment le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb et le directeur de l’ordre public et de la circulation (DOPC) Alain Gibelin en commission.



Benalla nie toute responsabilité morale


L’ex-protégé de l’Elysée passe sous silence les violences consignées sur plusieurs vidéos. Il admet avoir "commis une faute". "Moi, je n’ai pas le sentiment d’avoir trahi le président de la République; j’ai le sentiment d’avoir fait une grosse bêtise. Et d’avoir commis une faute. Mais cette faute, elle est plus d’un point de vue politique: je n’aurais jamais dû aller sur cette manifestation en tant qu’"observateur"; puis j’aurais peut-être dû rester en retrait", commente-t-il à propos des faits de violence sur un manifestant le 1er mai et pour lesquels il est mis en examen.

Sur le port d’armes

L’ex-collaborateur de l’Elysée explique avoir essuyé un refus d'une première demande de port d’armes par le ministère de l’Intérieur en 2016, année durant laquelle il est au service du candidat Macron, lequel a quitté le service de Hollande comme ministre de l'Economie, le 30 août 2016. "Il y a deux cents personnes qui bossent au QG [de campagne], représentant une "cible molle", comment les protéger de la menace terroriste ou même d’un fou ? Donc on fait la demande d’acquérir et détenir des armes dans le QG." Benalla a-t-il porté son arme en dehors du QG du candidat?

Une autorisation finalement obtenue par la préfecture de police mais valable "dans le QG uniquement"
Une fois à l’Elysée, "considérant que ma fonction est exposée, ON m’autorise à acquérir un Glock et à le détenir dans l’exercice de ma mission" [Le pistolet semi-automatique Glock 34 Gen4 MOS Docter Sight II cal.9x19 vaut plus de 1200 euros]
Quant à la question de sa légitimité à porter une arme, souvent soulevée par les parlementaires de la commission d'enquête et notamment contestée par Frédéric Auréal, le chef du Service de la protection (SDLP), Benalla argue : "Je suis inscrit dans un club de tir depuis des années et je suis un réserviste de la gendarmerie [Sébastien Lecornu en est-il toujours garant ?]. Il n’y a pas d’amateurisme là-dedans, au contraire. Et si le préfet de police a accordé l’autorisation, c’est qu’il estimait bien qu’il y avait une menace." [Savait-il d'où venait la menace ?]


Sur son salaire, nourri, logé et voiture avec chauffeur


Jusqu’à présent, le directeur de cabinet du Président, Patrick Strzoda, s’est toujours refusé à dévoiler le salaire d’Alexandre Benalla au prétexte notamment qu' "on touche au cœur de l’organisation" ! [Les salaires seraient 'secret défense' ?] Dans le Monde, l’intéressé, moins frileux, parle d’un "contrat sur toute la durée du mandat, donc cinq ans, rémunéré 6.000 euros net, c’est le salaire de tous les chargés de mission". Or, au service de Macron, Benalla n'est jamais en rien considéré comme un chargé de mission ordinaire...


Sur son emprise

Lors des auditions, démarrées lundi pour faire la lumière sur les violences du 1er mai, de nombreux députés et sénateurs ont soulevé l’ambiguïté des fonctions occupées par A. Benalla, souvent décrit comme commandant occulte (avec le grade de lieutenant colonel) avec des prérogatives de sécurité. Lui précise : "Je dois m’occuper des affaires privées du président de la République, parce qu’il a une vie à côté de ses fonctions, avec Brigitte Macron, celle d’un Français normal. Il va au théâtre, au restaurant, part en vacances… Je suis toujours présent, avec le groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR) et le service privé du Président."


Au retour des Bleus à Roissy, lundi 16 juillet, alors que Benalla fait l'objet d'une réduction du champs de ses activités, la sécurité est assurée par les gendarmes. De nouvelles informations révèlent qu'Alexandre Benalla est alors présent sur place et a semblé vouloir prendre le dessus sur le dispositif. "Vous me manquez de respect !", a-t-il lancé à un gendarme, qui lui demande alors qui il est. Alexandre Benalla a alors montré son signe indiquant qu'il appartient à l'Elysée. Le gendarme lui a dû lui rappeler que seule l'autorité préfectorale lui dicte ce qu'il doit faire. Les gendarmes ont fait remonter les faits à leur hiérarchie.

Sur ses relations avec le GSPR



Interrogé mardi par la commission d’enquête du Sénat, Yves Lefebvre, le secrétaire général d’Unité-SGP, avait expliqué : "Monsieur Benalla faisait régner la terreur au sein du GSPR. Il allait jusqu’à l’insulte à l’égard des gradés et gardiens de la paix."
Alexandre Benalla confirme dans son entretien avec Le Monde que ses relations avec les membres du groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR) étaient loin d’être apaisées. "Des frictions, oui, mais sous forme de non-dits."

Le journal Le Figaro rapporte des frictions avec les services officiels de sécurité du président. Benalla règle ses comptes avec le Groupement de sécurité de la présidence de la République (GSPR) et avec le Service de la protection (SDLP).
Le GSPR, composé de policiers et de gendarmes, est le responsable officiel de la sécurité du président. C'est à lui seul que revient cette mission, et «personne d'autre», rappelle Alain Le Caro, fondateur de ce service bien particulier. «Ça ne peut pas se partager. C'est lui qui définit avec les autorités, et notamment les préfets, les mesures générales à prendre lors des déplacements.» Un rôle qui semble parfois se recouper avec les missions de «coordination» que l'Elysée avait attribuées à Alexandre Benalla. Une situation qui semble avoir créé certaines tensions au Palais. L'ancien collaborateur d'Emmanuel Macron juge ainsi que «le GSPR, c'est l'enfant terrible de l'Élysée».

Benalla explique que ses fonctions l'obligeaient à être «toujours présent» pour «s'occuper des affaires privées du président». Et ce, aux côtés du GSPR. Sauf que les hommes qui le composent «ne sont pas du tout dans l'organisation. Eux ne prennent en compte que la sécurité. Par exemple, si le président va au théâtre, moi je vais tenir compte de la tranquillité du couple présidentiel, de l'image du président.»
Une proximité qui entraîne parfois des frictions, «sous forme de non-dits». Au Monde, Benalla explique: «Moi, j'ai toujours fait les choses, non pas pour ma personne, mais dans l'intérêt du président. Mais il y a des gens qui sont formatés d'une autre façon. On fait le sale boulot. Et on s'expose forcément. Et quand on s'expose face à ce type de personnes, ils vous disent “oui” avec un sourire, mais ils n'oublient pas… Je ne fais pas partie du club. Je le ressens mais je dois en faire abstraction, car la seule chose qui compte c'est que le président soit bien.»

Celui qui n'est pas du sérail juge ainsi qu'il y a des «incohérences» qui sont «complètement incroyables» dans l'organisation de la sécurité présidentielle. «Si demain il y a une cohabitation, vous avez la sécurité qui est sous la main du ministre de l'intérieur», tacle-t-il.

Il n'oublie pas dans ces critiques le Service de la protection (SDLP, commandé par Frédéric Aureal, chef du Service de la protection de la police nationale), qui chapeaute le GSPR. Il explique que le SLDP «n'a pas accès aux déplacements du président de la République, c'est leur rêve; ils nous appellent dix fois par jour pour être dans l'avion avec le président. Ils n'ont qu'un pouvoir de nuisance qu'ils savent mettre en œuvre si vous ne leur donnez pas ce qu'ils veulent, le SDLP.»
Si Benalla n'est pas tendre avec la sécurité présidentielle, c'est aussi qu'il pense qu'il leur doit sa chute. Il estime que la réorganisation en cours de la sécurité du président n'a pas plu à certaines personnes «autour» de Gérard Collomb. «Des politiques et des policiers, précise-t-il. On avait bien avancé [dans le projet], mais on avait en face un ministère de l'Intérieur qui refusait de participer à l'élaboration de cela.»
Sur son logement


Alexandre Benalla confirme avoir fait une demande de logement de «80 mètres carrés», et non 300 mètres carrés comme l’avait prétendu l’Express, attribué le 8 ou 9 juillet "par nécessité absolue de service". Le président Macron et l'intéressé assurent que Benalla n'a jamais occupé l'appartement de luxe du Quai Branly (occupé en son temps par Miterrad, sa maîtresse et leur fille) et pour cause: il était encore en cours de rénovation au moment où éclata le Benallagate.


Sur l'intrusion de Benalla dans le bus des Bleus


Au retour de l’équipe de France, après leur victoire en finale de la Coupe du monde, Alexandre Benalla était présent dans le bus qui a parcouru les Champs-Elysées avant de rejoindre l’Elysée. «J’ai monté les réunions préparatoires mais je n’ai pas donné l’ordre d’accélérer le rythme du bus ! Je suis juste là pour informer l’Elysée s’il y a un problème. Et je ne m’occupe pas des bagages des joueurs !," contrairement à ce qu’avait assuré initialement Christophe Castaner.

Sur les règlements de compte


Il n'est pas exclu que LFI et certains policiers aient monté cette affaire pour se débarrasser de Benalla. Mais, en attendant plus d'éléments, restons-en aux éléments officiels actuels.


Après avoir souligné les nombreuses rivalités entre services de sécurité du Président, le service de la protection de la personne (SDLP), Alexandre Benalla explique : "On a essayé de m’atteindre, de me "tuer", et c’était l’opportunité aussi d’atteindre le président de la République. Les faits, je les assume, je ne suis pas dans la théorie du complot, c’est la réalité. Sur ce qui s’est passé après, je suis beaucoup plus réservé. Il y avait en premier une volonté d’atteindre le président de la République, c’est sûr et certain. Et je suis le maillon faible, je le reconnais. Et en même temps, il y a énormément de gens qui se frottent les mains en se disant "ça y est, on s’est débarrassé de lui, il ne va plus nous emmerder, c’est fini". Les gens qui ont sorti cette information sont d’un niveau important." Il cible ici l’entourage du ministre de l’Intérieur, mais sans désigner Gérard Collomb soi-même.


Sur le 1er mai

Dans l’entretien, Alexandre Benalla assure ne pas avoir demandé à être observateur mais bien d’avoir été "invité", en tant qu’observateur à la manifestation du 1er mai, par le chef d’état-major à la préfecture de police, Laurent Simonin.
Mais, Benalla est contredit par le directeur de cabinet d’Emmanuel Macron, Patrick Strzoda, qui a affirmé lors de son audition qu’
Alexandre Benalla lui avait demandé son accord pour aller sur la manifestation. "Contrairement à ce que dit le préfet de police de Paris Michel Delpuech", qui a dénoncé mercredi "des dérives individuelles sur fond de copinage malsain". "Je n’ai jamais pris une bière ou mangé au restaurant avec Laurent Simonin", affirme Alexandre Benalla qui a pourtant pu le rencontrer ou avoir recours à un intermédiaire.

Au sujet de son équipement, il détaille : "L’officier de liaison de l’Elysée vient deux jours avant la manifestation avec un sac qu’il me remet, avec un casque, un ceinturon en cuir, un masque à gaz, un brassard police et une cote bleue marquée police et un grade de capitaine dessus. L’équipement reste dans mon bureau. 
Puis, j’ai un kit oreillette et le porte radio. On me procure ensuite des rangers et une radio. Je n’y connais rien, déjà je suis surpris." Benalla a pourtant d'abord appartenu à la "réserve opérationnelle", comme sergent, puis à la "protection citoyenne" (gendarmerie), avec le grade de lieutenant-colonel, à 26 ans. 
Un matériel que n’est pas censé recevoir un observateur et que Michel Delpuech a affirmé ne pas avoir autorisé. Alexandre Benalla précise que c’est UN policier qui lui a ordonné de mettre le brassard.

Sur ses méfaits, il avoue son sentiment de toute puissance : "Ce qui se passe dans ma tête, c’est "si on reste là à rien faire, on va être isolés, et en plus, il faut donner un coup de main, on ne va pas laisser faire des délinquants ", jeter des projectiles sur un CRS, c’est violences volontaires, c’est un délit puni d’emprisonnement, c’est très clair dans ma tête. Et la faute que je commets à ce moment-là, c’est d’y aller. Et de laisser de côté mes fonctions à l’Elysée." Il minimise : "C’est la faute pour laquelle je suis puni ensuite, ce n’est pas parce que j’ai commis un délit, c’est parce que j’ai fait une faute politique, d’image."

Une deuxième vidéo, publiée par Libération, révèle pourtant le sadisme d’Alexandre Benalla envers un manifestant. 

"Il le saisit, le relève, lui donne plusieurs coups, le jette à terre avant de lui adresser un violent coup de pied", comme le décrit le journaliste Ismaël Halissat. Benalla affirme au Monde qu'il ne lui a porté "aucun coup" et ce proche de Macron va même plus loin dans la contre-façon de la vérité : "Je passe ma main gauche sous son aisselle, et la deuxième au niveau de son cou, et j’essaie de le lever pour l’emmener vers le major Mizerski et un autre policier. C’est exactement le même geste que j’ai fait à Emmanuel Macron quand il a pris un œuf au Salon de l’agriculture : il n’a pas déposé plainte pour violence et il n’a eu mal au cou plus que ça le lendemain !" Le montage vidéo ci-dessus oblige à prendre les propos de Benalla avec des pincettes...

Sur Gérard Collomb, otage des services de police

Au retour de la manifestation du 1er mai, Alexandre Benalla explique être entré à la salle de commandant où se trouvait le ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb qui n'est pas tout à fait sûr d'avoir jamais croisé l’ex-intime de Macron et qui affirme - sous serment - ne pas connaître ses fonctions. Il avait pourtant donné une accolade Benalla dans cette fameuse salle : "J’ai sans doute salué, comme j’ai salué tout le monde lorsque je suis arrivé dans ce poste de commandement, cette personne. […] Je ne sais pas si c’est votre habitude mais moi j’ai l’habitude d’être urbain», avait rétorqué le ministre d'Etat face aux parlementaires. Benalla et Collomb sont frères en franc-maçonnerie.

Une version contredite par Benalla : "Gérard Collomb est présent, avec le préfet de police de Paris, avec le DOPC Alain Gibelin, le cabinet du ministre et celui du préfet. Je me mets dans un coin. Ils sont en train de faire une présentation à Collomb. Quand il sort, il vient me voir et me serre la main : "Ça va ? Qu’est-ce que tu fais là ?" Et d’enfoncer le clou : "Il sait que je travaille à la présidence de la République. Je peux le croiser deux, trois, quatre fois par semaine sur des déplacements ou quand il vient à la présidence."

Dans cet entretien, Alexandre Benalla n’épargne pas non plus, Alain Gibelin, le directeur de l’ordre public et de la circulation (DOPC). Celui qui a été auditionné lundi par la commission d’enquête de l’Assemblée (et une deuxième fois jeudi 26 juillet par la commission de l’Assemblée), avait assuré être "dans la totale ignorance de la présence de Monsieur Benalla sur le terrain" le 1er mai.
Mais Benalla dément : "Ce n’est pas vrai. On a déjeuné quelques jours avant avec le général Bio-Farina. C’était une réunion de travail à propos des policiers qui font la sécurité autour du palais. A la fin de ce déjeuner, il m’a demandé si je venais toujours le 1er mai et si j’avais reçu l’équipement que je devais recevoir." "Alain Gibelin s’en veut de ne pas avoir prévenu le préfet de police", avance-t-il. "Il y a des gens qui pensent à leur carrière et qui se défaussent", enfonce-t-il.

Il passe un peu vite sur le rôle du général Eric Bio-Farina

Colonel, puis général de brigade depuis le 1er mai 2017, il est commandant militaire de l'Elysée, mais contredit l'Elysée. Il est très clair devant la Commission: mis en cause, tout comme Alexandre Benalla pour son rôle le 1er mai, Vincent Crase, employé de LREM, n'a "absolument pas" été autorisé à accompagner la police en tant qu'observateur lors des manifestations.
Une version qui, comme vous pouvez le voir dans la dernière vidéo ci-dessus, va à l'encontre de celle de l'Elysée. Le 19 juillet, le porte-parole du Palais, Bruno Roger-Petit, expliquait dans une courte allocution que la présence d'Alexandre Benalla place de la Contrescarpe était due à sa qualité d'observateur lors de cette journée... tout comme le gendarme réserviste Vincent Crase.
Même assurance d'Eric Bio-Farina à propos des rapports entre la préfecture de Paris et Alexandre Benalla. D'après le militaire, Alain Gibelin a rencontré le chargé de mission avant le 1er mai, afin notamment de discuter du matériel dont il disposerait. Un témoignage en contradiction flagrante avec le témoignage d'Alain Gibelin la veille, devant la même commission des lois.Au temps de Hollande à l'Elysée, le colonel Bio-Farina s'était déjà impliqué lors de soupçons , de fouilles dans les archives informatiques du cabinet Sarkozy, pendant la campagne présidentielle de 2012: lien PaSiDupes


Sur la vidéo du 1er mai

Vincent Crase et trois hauts gradés de la police soupçonnés d’avoir transmis au conseiller de l’Elysée des images de vidéosurveillance des violences ont été mis en examen. Benalla tente de se justifier : "Je ne l’ai pas demandé. Après la publication de l’article du Monde sur Internet, je reçois un appel vers 22 heures de quelqu’un à la préfecture de police, dont je ne citerai pas le nom : "Alexandre, on a la vidéo du gars et de la fille en train de jeter des projectiles sur les CRS. Est-ce que tu la veux pour te défendre ?" Bien sûr que ça m’intéresse, si on peut prouver que les gens en face ne sont pas de simples passants mais des casseurs. Je ne sais pas d’où viennent ces images. Je suis en train de dîner dans un restaurant près du Palais et quelqu’un vient me donner un CD. Il n’y a rien écrit dessus, ni "préfecture de police", ni "vidéosurveillance". Ce CD, je ne le regarde pas et je le remets à l’Elysée à un conseiller communication.

Bilan provisoire dressé par Macron: 
"On est bien, les gens sont heureux" !...

mardi 24 juillet 2018

Affaire Macron: Collomb charge le préfet, qui charge l'Elysée

Institutions plongées dans le chaos, 
Macron cerné reste mutique

Le ministre d'Etat Gérard Collomb s'est dédouané lundi d'une quelconque faute dans la gestion de l'affaire Benalla.

Il faut croire qu'un ministre de l'Intérieur n'est au courant de rien et n'est donc responsable de rien. C'est en niant tout en bloc que Collomb s'est défaussé sur le préfet de police Michel Delpuech, qui s'est défendu, et sur le directeur de cabinet d'Emmanuel Macron.

Les vidéos montrant Alexandre Benalla, 26 ans, dans ses oeuvres ont un effet domino, à partir de ce proche collaborateur du président Macron, en train de malmener et tabasser au sol deux manifestants le 1er mai à Paris alors qu'il était supposé accompagner les forces de l'ordre en tant qu'"observateur", et donc de rester passif. Emmanuel Macron est directement mis en cause.

Entendu pendant près de deux heures et demie par la commission des Lois de l'Assemblée dotée de prérogatives d'enquête, le ministre de l'Intérieur, appelé à la démission par des personnalités de gauche comme de droite, a esquivé les interrogations des députés de la Commission des lois constituée en commission d'enquête.

Gérard Collomb a admis avoir été informé par son cabinet dès le lendemain de l'existence de la vidéo sur laquelle on voit Alexandre Benalla agresser deux manifestants en présence d'un salarié de La République en marche (LREM), Vincent Crase, lui aussi "observateur".
Alexandre Benalla (casque et capuche) a les coudées franches
pour tabasser un manifestant à Paris
 le 1er mai,
sous les yeux de policiers observateurs passifs
Mais le ministre d'Etat a estimé que - à la différence des "gens qui ne sont rien"  - ce n'était pas à lui de saisir la justice de ces actes qu'il a de nouveau condamnés "avec la plus grande fermeté".
"Je considère que c'est à ceux qui sont en responsabilité dans leurs administrations, au plus près du terrain, de recueillir les éléments permettant de justifier la transmission d'un signalement au titre de l'article 40" du Code de procédure pénale, a-t-il déclaré.

Le 2 mai, "je m'étais assuré que tant le cabinet du président de la République que le préfet de police avaient été destinataires de l'information. (...) C'était à eux de prendre les sanctions et éventuellement d'informer les autorités judiciaires", a lancé le ministre d'Etat, mais simple observateur de la vie publique.

"C'est un tribunal politique", a accusé sur LCI un ex-collaborateur de Dominique Strauss-Kahn (2003-2007), le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, sonnant le tocsin.
"Plusieurs procédures judiciaires, parlementaires sont engagées et c'est une excellente chose", se félicite sur BFMTV, Christophe Castaner, secrétaire d'État aux relations avec le Parlement et délégué général de La République en marche (LaREM), qui acte ces 3 enquêtes comme si le parti du président les avait initiées.
Les féaux du président ne tiennent pas un autre langage. Ainsi, Aurore Berger a-t-elle lâché que "l'opposition se sert de ce sujet pour refuser une réforme institutionnelle majeure." Le site d'information humoristique belge Nordpresse annonce que la députée LREM a dû annuler son mariage avec Benalla...
Autre thuriféraire qui ne s'est pas grandi , Gilles Le Gendre, porte-parole du groupe La République en marche au Palais Bourbon, s'insurgeant sur RFI: "l'opposition cherche à faire d'une banale histoire de confiance trahie une affaire d'État"...
Cerise sur la gâteau élyséen, le président de l'Assemblée, Rugy, relativise le rôle de Jupiter : "Je voudrais qu'on puisse à un moment remettre les pieds sur terre: ce n'est pas le président de la République qui a demandé à un collaborateur d'aller sur la manifestation du 1er mai et de faire ce qu'il a fait! Il faut garder le sens des mesures".

Bien que, pour seul commentaire direct à ce jour, le président Macron ait déclaré que "la République est inaltérable", le porte-parole met en doute la "déontologie" de la Commission d'enquête parlementaire, présidée par une députée REM, Yaël Braun-Pivet, une juriste formée au cabinet de maître Hervé Temime. C'est donc son co-rapporteur, le député Les Républicains Guillaume Larrivé qui est pointé par le politicien. Perturbée par cette affaire d'Etat, les travaux de l'Assemblée sur sa réforme constitutionnelle ont été renvoyés à la rentrée.

Via ses avocats, Benalla a, quant à lui, dénoncé, "l'utilisation médiatique et politique" de son agression contestée du 1er mai, qu'il a justifiée par la volonté de "prêter main forte" aux policiers face aux manifestants, alors que les forces de l'ordre ne semblent pas débordées, à les voir les bras ballants au spectacle de son acharnement sur deux manifestants.

Sous pression, le président de la République a promis, via son entourage, la "vérité" sur des faits "inacceptables", en espérant éteindre la première grave crise politique de son quinquennat. Il a assuré qu'il n'y aurait "pas d'impunité".

Entendu pendant près de deux heures et demie par la commission des Lois de l'Assemblée dotée de prérogatives d'enquête, le ministre de l'Intérieur, appelé à la démission par des personnalités de droite comme de gauche, a dû affronter un feu nourri de questions.

Gérard Collomb a déclaré avoir été informé le lendemain des faits par son cabinet de l'existence de la vidéo sur laquelle on voit Alexandre Benalla s'en prendre à deux manifestants en présence d'un employé de La République en marche (LREM), Vincent Crase, lui aussi "observateur". 
Mais il a estimé -rappelons-le -  que ce n'était pas à lui de saisir la justice de ces actes de violence, bien qu'ils aient pu être imputés et reprochés à des policiers dont il doit assurer la protection contre la diffamation.

L'audition du préfet de police de Paris accable l'exécutif

Entendu dans l'après-midi par la même commission d'enquête, le préfet de police Michel Delpuech a contesté cette posture du ministre d'Etat, rappelant être "sous l'autorité des autorités exécutives".
Après avoir appris l'existence de la vidéo le 2 mai, le préfet Delpuech a contacté le ministère de l'Intérieur. Or, le ministère lui a répondu être "déjà en liaison" avec la présidence de la République, a-t-il rapporté. Dès lors, "il était établi pour moi que le sujet Benalla était traité par l'autorité hiérarchique dont il dépendait".

De même, alors que Gérard Collomb a contesté connaître Alexandre Benalla, dont il ignorait les fonctions même s'il l'a forcément "croisé" lors de la campagne électorale d'Emmanuel Macron, le préfet a assuré que ce chargé de mission à l'Elysée "était un interlocuteur connu" du ministère et de cadres policiers. Un témoin assurera par la suite que Benalla se faisait craindre des policiers de terrain.

A 26 ans, adjoint du chef de cabinet de la présidence, Benalla jouait un grand rôle dans la sécurité entourant le chef de l'État, confirme le préfet : il était régulièrement en contact avec des responsables policiers. Griveaux a pourtant affirmé que Benalla n'était pas "en charge de la sécurité" d'Emmanuel Macron.


Gérard Collomb n'en a pas fini de devoir clarifier le rôle de exécutif. 
Il sera mardi devant la commission des Lois du Sénat, qui entendra aussi mercredi Patrick Strzoda, et Alexis Kohler, le secrétaire général de l'Elysée, bras droit d'Emmanuel Macron, jeudi.

Dernier auditionné lundi, directeur de l'ordre public et de la circulation (DOPC), Alain Gibelin, a affirmé que M. Benalla n'avait "aucune autorisation" de la préfecture de police de Paris pour participer à la manifestation du 1er-Mai comme "observateur".

Interrogé par Marine Le Pen, A. Gibelin a également reconnu que M. Benalla était présent à des réunions entre ses services et l'Elysée entre le 4 et le 19 mai, période pendant laquelle l'adjoint au chef de cabinet d'Emmanuel Macron était censé être suspendu.

La confusion appellerait à l'audition de Macron

"On a bien compris la stratégie qui est celle du ministre de l'Intérieur: se sauver, quitte à renvoyer la responsabilité vers le préfet de police et le directeur de cabinet du président de la République, comme si ceux-là n'avaient eux-mêmes aucune espèce d'autorité hiérarchique" au-dessus d'eux, a réagi le porte-parole du PS, Boris Vallaud

A gauche toujours, les anciens candidats à la présidentielle Jean-Luc Mélenchon et Benoît Hamon ont chacun demandé qu'Emmanuel Macron soit auditionné. Critiqué pour son silence public sur ce dossier, le chef de l'Etat a annulé son déplacement mercredi sur le Tour de France, en niant tout rapport de cause à effet avec le scandale d'Etat.

Alexandre Benalla, Vincent Crase et trois hauts gradés de la police soupçonnés d'avoir transmis au conseiller de l'Elysée des images de vidéosurveillance de l'incident ont été mis en examen dimanche: les deux premiers notamment pour "violences en réunion" et les trois policiers pour "violation du secret professionnel" et "détournement d'images issues d'un système de vidéoprotection".

"Fondamentalement, ces événements résultent de dérives individuelles inacceptables, condamnables, sur fond de copinages malsains" entre les policiers mis en cause et Alexandre Benalla, a souligné le préfet Delpuech devant les députés.

Via ses avocats, Benalla a, quant à lui, dénoncé, "l'utilisation médiatique et politique" de son agression contestée du 1er mai, qu'il a justifiée par la volonté de "prêter main forte" aux policiers face aux manifestants, alors que les forces de l'ordre ne semblent pas débordées, à les voir les bras ballants au spectacle de son acharnement sur deux manifestants.

Macron lâche son protégé

Le couple par qui le scandale d'Etat arrive 
L'ancien chargé de mission  "rattaché" au chef de Cabinet (et non pas "adjoint" comme il était dit jusqu'ici), dont le licenciement a été annoncé vendredi par l'Elysée, de même que Vincent Crase, a en outre été soumis à un contrôle judiciaire qui lui interdit d'exercer une fonction publique ou une mission de service public, de détenir une arme et d'entrer en contact avec d'autres protagonistes de l'affaire.

Quant aux deux manifestants malmenés sur les vidéos au cœur du scandale, ils ont demandé à être parties civiles dans l'enquête judiciaire, tout comme un syndicat de policiers.

"Pour éviter qu'un tel dysfonctionnement se reproduise", Macron s'est retourné contre le secrétaire général de l'Elysée pour lui demander de "mener la réorganisation" des services de la présidence.

Parallèlement à l'enquête parlementaire, une enquête administrative a été confiée à la "police des polices", qui devrait remettre son rapport "à la fin de cette semaine", selon le président de l'Assemblée nationale, François de Rugy.

Après Gérard Collomb et Michel Delpuech, la Commission d'enquête de l'Assemblée auditionnera mardi le directeur de cabinet de l'Elysée, Patrick Strzoda, et son homologue de l'Intérieur, Stéphane Fratacci, augurant d'une plongée inédite dans les arcanes du pouvoir.