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dimanche 22 mai 2016

Nuit debout: leur gourou leur fait avaler son projet

Frédéric Lordon dévoile son projet pour 'Nuit debout' 

Ils palabrent la nuit, pensant refaire le monde, sans savoir qu'ils sont encadrés et qu'une éminence grise a pris possession de leurs esprits
F. Lordon à Nuit debout, place de la République après la manif 
contre le projet de loi travail-El Khomri, le 31 Mars 2016

Contrairement à ce que ses animateurs veulent faire croire, le mouvement Nuit debout dispose d'un vrai projet politique, dévoilé la semaine passée par l'économiste souverainiste Frédéric Lordon. 
Membre des "Economistes atterrés", un collectif de chercheurs, universitaires et experts en économie de gauche, regroupés, avec d'autres citoyens non économistes, qui anime et entretient l'agitation de la réflexion collective et l'expression publique des économistes qui "ne se résignent pas à la domination de l'orthodoxie néo-libérale", Lordon est présent, mais rarement physiquement, en sous couche place de la République, à Paris. Or, chacune de ses interventions est très écoutée. Celui qui revendique le caractère "politique" de Nuit debout et fustige les media qui voudraient que le rassemblement se contente d’une " animation citoyenne" est l’auteur d'ouvrages qui s’attaquent à la finance dérégulée et mondialisée
Cet économiste manipulateur se comporte en maître-à-penser de Nuit debout, renouvelant le genre ancien du culte de la personnalité. On n’avait pas vu cela depuis les années Mao et révolution culturelle. Pour la troisième fois seulement, le guide Lordon est apparu à ses disciples à la Bourse du travail et, preuve qu’il n’est pas un Nuit debout comme les autres, il exige d'avoir droit à une chaise pour pouvoir répandre sa parole sur les fidèles assis et hostiles à toute hiérarchie.


Vite une chaire  chaise pour Lordon ! 
La règle commune applicable à la base informe est de parler debout à Nuit debout, mais l’universitaire bénéficie d'un traitement de faveur dû à son rang, privilège assumé: "Je suis le représentant du courant l’université assise". La 'Télé de gauche Paris' ne pouvait manquer l'événement et rediffuse. A Nuit debout, tous sont égaux, mais Lordon est plus égal que d'autres, dirait Coluche. Rassemblés aux pieds du guide, les disciples reconnus, manipulateurs délégués de Nuit debout, les éléments les plus actifs et militants, permanents de la place de la République assurant la continuité auprès des intermittents et des passants. 

En 11 minutes, Lordon révèle Nuit debout. 

Dans un premier temps, Lordon désigne l’ennemi, dénonçant  la secte malfaisante de la presse et des media. 

Il ne cible pas les "journalistes de terrain, jeunes et précarisés" en qui se reconnait Nuit debout, mais la "chefferie éditocratique" soumise aux actionnaires socialistes, les patrons de presse multimillionnaires qui tiennent la presse. De "Le Monde", "Ouest-France" ou Rue89, à "La Voix du Nord", en passant par Canal + ou LVMH (Le Point, Le Parisien), la quasi-totalité des media généralistes est désormais serrée dans une vingtaine de mains. La plupart appartiennent à de riches industriels qui ont fait fortune dans des domaines bien éloignés de la presse (transports, bâtiment, luxe, télécommunications…), un milieu masculin où seules deux femmes sont aujourd'hui propriétaires d'un groupe de presse, et pour ne pas nommer les faiseurs d'opinion,  le patron de Free, Xavier Niel, ou son allié, le banquier Matthieu Pigasse, le très gourmand Patrick Drahi, propriétaire à crédit d'Altice, un consortium multinational (basé au Luxembourg) d'opérateurs de télécommunications ou de câblo-opérateurs (SFR-Numéricable) et d'entreprises de media (Libération, NextRadioTV (BFMTV), Groupe l'Express (Studio Ciné Live, L'Express, L'Expansion, L'Étudiant...), Pierre Bergé (maison de haute couture Yves Saint Laurent, journal Le Monde, conjointement avec Xavier Niel et Matthieu Pigasse, également à la tête du magazine L'Obs), successeurs de Hersant, Amaury ou Dassault et nouveaux magnats d'une presse toute acquise -à des degrés divers- au pouvoir socialiste, militante aussi mal-aimée que Hollande à 14% dans les sondages, "chefferie éditocratique" qui "confisque la parole autorisée". 

Autre changement que Hollande n'a pas non plus apporté, des media comme contre-pouvoir. Il a favorisé la constitution d'empires de presse mais, comme tout ce qu'il a fait ou laissé faire, ils sont aussi fragiles que serviles.


Lordon recadre ses troupes 

La "chefferie éditocratique" veut cantonner Nuit debout au débat aseptisé dans un cadre démocratique, afin d’imposer  "le citoyennisme intransitif, qui débat pour débattre, mais ne tranche rien, ne clive rien, et est conçu pour que rien n’en sorte". Lordon tranche, il faut refuser cette démocratie "all inclusive".

Pour l’économiste atterré, l’horizontalité de Nuit debout est une illusion, car les individus rassemblés dans un groupe tendent toujours à recréer un pouvoir qui les dépasse et auquel ils sont soumis. Nuit debout serait déjà en train de "recréer des institutions", car elle organise des assemblées générales (AG) et des commissions. Le fait qu’un mouvement soit horizontal ne dit d’ailleurs rien du bien-fondé de sa cause, explique-t-il, donnant l’exemple de La Manif pour tous.
Frédéric Lordon propose de garder à l’esprit l’idéal du "communisme de la raison"
, pour permettre de travailler à des institutions plus justes.

Radicalisation de Nuit debout: on ne débat pas, on combat. 
 Pour devenir le Podemos français, le mouvement 
doit repenser sa stratégie et s'étendre à tout le pays.
Pour Lordon, le débat démocratique, c’est l’impasse qu’entendent imposer "la secte malfaisante, la secte de l’oligarchie néolibérale intégrée", celle des "media organiques de l’ordre social". 
Et Lordon tente de justifier l’intimidation physique infligée à Alain Finkielkraut, l’ennemi suprême: "Nous voilà sommés d’être inclusifs, violence du capital et violence identitaire raciste, violence dont Finkielkraut est peut-être le propagateur le plus notoire". Et de réitérer le refus de la confrontation avec l’ennemi désigné : "Ces media nous demandent d’accueillir Finkielkraut et bien non ! Pas d’animation citoyenne all inclusive comme le voudraient Laurent Joffrin et Najat Vallaud Belkacem !

Et de conclure par des propos menaçants. 
"Nous ne sommes pas ici pour être amis avec tout le monde, et nous n’apportons pas la paix; nous n’avons aucun projet d’unanimité démocratique". Lordon n'est pas transparent, il est limpide. 
Il va jusqu'à préciser ensuite comment Nuit debout doit désormais mener le combat, hors du champ démocratique. D’abord, en dépassant le cadre revendicatif traditionnel des luttes sociales, qui n’est pas révolutionnaire : "Revendiquer est une nécessité, parfois même vitale", mais de portée limitée, "ceci n’aura pas de sens tant que nous ne mettrons pas en question les structures du néolibéralisme".

VOIR et ENTENDRE Frédéric Lordon, intello affecté mais haineux qui n'a jamais pointé en usine et orateur démagogue lisant ses notes, au meeting contre la Loi Travail - Convergence des Luttes à Tolbiac le 30 mars 2016:




On a noté les réactions puériles de l'assistance.

En vérité, Lordon veut
casser le cadre dans lequel évolue les rapports de forces entre partenaires sociaux : "S’il n’y a plus d’alternative dans le cadre, il y a toujours possibilité de refaire le cadre. C’est de la politique, pas du revendicatif. On chasse les gardiens du cadre". 
Une fois l'objectif assigné, Lordon passe à la méthode, celle "des grains de sable" qui grippent le système: "Il faut mettre des grains de sable partout," lance-t-il, illustrant cette stratégie à l’aide d’exemples concrets : "C’est débouler dans une réunion d’Anne Hidalgo, c’est débouler dans la conférence d’une association d’étudiants à l’ESCP qui invite Florian Philippot". Et de scander : "C’est faire dérailler le cours normal des choses, les harceler, leur ôter toute tranquillité !" 
Et Lordon de compléter le cours de méthodologie :  la stratégie des "grains de sable" permettra d’opérer "la jonction", soit la coagulation du "militantisme de centre-ville, des classes ouvrières et de la jeunesse ségrégée des quartiers", et "cette force sera irrésistible". 
Constituée, elle se lancera à l’assaut du "cadre à refaire", notamment "les traités assassins, les traités européens et le TAFTA". Lordon fait dans le prophétique, qui ne cache pas à ses ouailles que "La nuit debout, la grève générale, la république sociale, c’est loin".

Pour Frédéric Lordon,
les traités européens ont ôté aux Etats de la zone euro toute souveraineté économique en les privant de la maîtrise de la politique monétaire et en plaçant leurs politiques budgétaires sous la surveillance des institutions européennes et des marchés financiers. Selon lui, l’Union européenne ne peut être transformée en profondeur car, en l’absence de peuple européen, la souveraineté populaire ne peut s’y exercer.
Dans un livre de 2014,
il propose un changement radical qui implique le  défaut de l’Etat sur sa dette, la sortie de la monnaie unique, la prise de contrôle des banques en faillite par la puissance publique et la régulation des échanges avec l’étranger.


Pour retrouver la souveraineté populaire, il faut donc
 revenir aux Etats, selon ce
directeur de recherche au CNRS.
Un point de vue qui ne fait pas l’unanimité dans la gauche critique où le plus grand nombre demeure ttachés à l’idéal européen et internationaliste.
Le "souverainisme" appartient au vocabulaire de la droite mais, pour F. Lordon, la gauche doit se l'approprier et définir une protection des économies nationales qui ne soit pas fondée sur un repli sur soi. Le souverainisme de gauche est un souverainisme solidaire, puisqu’il prône la régularisation de tous les sans-papiers en Europe. La cohérence socio-politique du raisonnement semble prise en défaut.

Nuit debout a reçu sa feuille de route, tracée par un homme sorti de l'ombre
 
La semaine dernière, le rideau Nuit debout s’est déchiré. En réalité, l’événement initié par François Ruffin (réalisateur du film Merci Patron ! critiquant Bernard Arnault et présenté comme déclencheur spolié du mouvement Nuit debout en avril 2016) et ses camarades dispose d’un penseur qui montre le chemin, établit la feuille de route et fournit le prêt-à-penser des objectifs et de la méthode. 

Nuit debout est tout sauf un mouvement spontané, généré par des citoyens vigilants  


Des professionnels de la politique l'ont bel et bien récupéré, repensé et recadré. Révisons notre petit Lénine illustré. Là où il y a organisation, il y a direction. Là où il y a direction, il y a guide. Et ce guide, c’est Frédéric Lordon, dont les interventions savamment mises en scène le hissent au-dessus du bruit médiatique. Dans "Que faire ?", Lénine affirmait la bonne méthode :
" Or, j'affirme :
qu’il ne saurait y avoir de mouvement révolutionnaire solide sans une organisation de dirigeants stable et qui assure la continuité du travail;
que plus nombreuse est la masse entraînée spontanément dans la lutte, formant la base du mouvement et y participant et plus impérieuse est la nécessité d’avoir une telle organisation, plus cette organisation doit être solide (sinon, il sera plus facile aux démagogues d'entraîner les couches arriérées de la masse);
qu’ une telle organisation doit se composer principalement d’hommes ayant pour profession l’activité révolutionnaire;
que, dans un pays autocratique, plus nous restreindrons l’effectif de cette organisation au point de n’y accepter que des révolutionnaires professionnels ayant fait l’apprentissage de la lutte contre la police politique, plus il sera difficile de “se saisir” d’une telle organisation; 
d’autant plus nombreux seront les ouvriers et les éléments des autres classes sociales qui pourront participer au mouvement et y militer de façon active."
Lénine considère également que cette organisation militante ne doit pas être passive et simplement constater les luttes et les soutenir; elle doit avoir une position d'avant-garde, fondée sur le marxisme en tant que science.

A Nuit debout, tout le monde parle, mais c'est Lordon qu'on entend 
Lénine rejette la conception anti-organisation des économistes
Emmanuel Todd, qui s’inquiétait de l’avenir du mouvement "Pas de révolution sans organisation", peut se rassurer. Nuit debout n'est pas livrée à elle-même. Elle est aussi déterminée, active et menaçante mais, si elle s'inspire des Indignés d'Espagne, assembléistes, peut-on garantir pour autant qu'elle est non violente ? 
Une relecture de Lordon livre les clés de mouvement.
Le sous-texte de son intervention, applaudie à tout rompre, est empreint de visions qui ont peu à voir avec la gauche de Jaurès ou Blum. Refus du débat démocratique organisé. Haine de l’Europe du libre-échange. Promotion du populisme souverainiste. Négation de la liberté de la presse. Rejet de l’autre à raison de sa différence de pensée. Appel à des perturbations de réunions publiques… Est-ce vraiment un programme politique destiné à libérer les opprimés ? A réconcilier les Français ? A libérer les consciences ?

S'il se trouve des radicaux - et il n'en manque pas -  pour passer à l'acte selon les préceptes de Lordon, quelle sera l'étendue des dégâts à déplorer ? La Nuit debout de Lordon est bien loin de la vision idyllique que certains politologues tentent d’imposer, à l’image de Gaël Brustier déclarant dans Le Figaro : "Il y a plutôt une forme de joie de vivre Place de la République… qui tranche justement avec la hantise du déclin commune à nos sociétés"
Cet éclairage fait honneur à la politologie contemporaine. Ainsi, quand Lordon déclare : "Nous n’apportons pas la paix" , il est le Lénine de Nuit debout. Nuit debout, c’est fun. La politologie de rue est devenue un sport de combat, celui de la lutte des classes. Innovant ?

dimanche 6 décembre 2015

La politique économique de Hollande atterre les économistes

Budget 2016 : le gouvernement intensifie une politique qui ne fonctionne pas 

Un collectif de chercheurs et experts en économie explique pourquoi le gouvernement fait fausse route

Le contribualbe apprécierait
que ce soit vrai
L'Assemblée nationale a pourtant adopté le projet de loi de finances 2016. Des économistes, Philippe Légé, Christophe Ramaux, Henri Sterdyniak et Sébastien Villemot, dénoncent l'entêtement du gouvernement et notamment de Michel Sapin qui a présenté le projet de loi de finances à l'Assemblée nationale le 13 octobre 2015.

Le gouvernement s’entête ? 
L
e projet de loi de finances (PLF) 2016 s’acharne à prolonger et même à intensifier une politique qui ne fonctionne pas, au motif, selon eux, qu'il réduit -ou tente de contrôler- les dépenses publiques pour baisser les impôts des entreprises et encourager la reprise économique et le redressement de la courbe de l'emploi. La situation est en effet extrêmement préoccupante : plus de 6,3 millions de personnes inscrites à Pôle emploi, soit 1,2 million de plus qu’en mai 2012. 

Or, ce collectif soutient que la dépense publique n’a jamais été aussi utile 
La présentation du PLF est symptomatique de cet aveuglement... libéral : au lieu de commencer par exposer ce qu’apporte -mais coûte- la dépense publique, et les éventuelles réorientations nécessaires pour qu’elle remplisse plus efficacement ses missions - ce que le pays attend, promesse après promesse, depuis bientôt quatre ans - , la réduction de la dépense publique et des déficits est devenu l’objectif central à atteindre, ce que conteste ce collectif, Les Économistes Atterrés.
Les "Atterrés", c'est qui? 
Ce sont des économistes radicaux qui se disent "atterrés" par l'absence de solidarité entre partenaires européens, par les cures d'austérité imposés en guise de "sauvetage" à des pays à peine sortis de récession, par un "pacte pour l'euro" qui assujettit les Etats à la loi des marchés financiers. Bref, par ce libéralisme honni auquel il reproche de résister à une crise qui dure et a pourtant failli engloutir l'Europe et les Etats-Unis. 
Le coprésident d'ATTAC, Thomas Coutrot, proche de la Fédération des Finances CGT, la FSU ou Solidaires, 
a lancé le mouvement au début de 2010. Il mobilisa une poignée d'économistes irrités par le retour de la pensée unique et l'absence de débat, comme Philippe Askenazy et André Orléan du CNRS et Henri Sterdyniak de l'OFCE le rejoignirent. 
Nul ne se doutait du succès qu'allait remporter leur "manifeste" à sa mise en ligne. Le texte recueillit 3.500 signatures, dont celles de 800 économistes universitaires: c'est dire combien l'Université française est orientée... Thomas Coutrot a beau être un militant altermondialiste, leur message intéresse au-delà de l'extrême gauche. 
Fort de ce succès, les "atterrés" sont sollicités par les internationalistes  pour animer des conférences en France mais aussi en Espagne au Portugal, en Belgique, au Royaume-Uni... Ils ont donc entamé un "Tour de France pour une autre Europe". Une vingtaine d'économistes signataires anime ce groupe d'activistes. 
Ils misent sur la dépense publique qui, selon eux, n’aurait jamais été aussi utile. Idéologues nostalgiques du temps où les dévaluations du franc permettaient de relancer artificiellement l'activité, comme au début des années 80 avec le premier mandat présidentiel de François Mitterrand, ils continuent de penser que la dépense publique a permis d’amortir considérablement le choc de la crise débutée en 2008. Ainsi, si le PIB français a augmenté de 2008 à 2014 d’un maigre 2%, cette hausse est à mettre au crédit de la consommation publique (éducation, santé…), au temps de Nicolas Sarkozy. Si cette dernière était restée constante, le PIB aurait au contraire diminué. Les prestations sociales (retraites, allocations familiales, chômage, RSA…) ont en outre permis de maintenir la consommation des ménages et de compenser partiellement l’effondrement de l’investissement privé. La brutalité de la crise justifiait un soutien social des plus défavorisés, au prix d'une augmentation de la dette publique.
Ce collectif accuse le pouvoir socialiste de n'avoir tiré aucune leçon des débuts de crise, sept années plus tard. Le gouvernement se fixe désormais pour objectif de réduire les dépenses publiques de 50 milliards d’euros de 2014 à 2017. Certes, il s’agit d’une baisse par rapport à une tendance d’évolution spontanée, et non pas par rapport au niveau de 2014, mais l’austérité n’en est pas moins installée. 
Pour 2016, le gouvernement est contraint de réduire la dette publique qui s'est envolée et prévoit de limiter la progression des dépenses publiques à seulement 0,3% en volume, soit un taux historiquement bas, inférieur à la croissance anticipée. Un revirement politique s'imposait du fait de l'échec des mesures prises sur près de quatre années. L’investissement public est donc encadré, mais le collectif d'économistes anti-libéraux ne peuvent s'y résoudre, le déclarant sacrifié par les nouvelles orientations de Bercy. 

Hollande a tout fait et son contraire, mais la gauche radicale lui reproche son abandon de la social-démocratie

Ce collectif atterrant de ringardise vante la qualité des infrastructures de la France pour affirmer que, s'il est l’un des atouts traditionnels de la France, ce patrimoine collectif est aujourd’hui menacé par la baisse des dotations de l’État aux collectivités locales, qui assurent l’essentiel de l’investissement public. Concrètement, cela signifie moins de logements sociaux, de crèches, d’écoles, d’équipements sportifs et culturels, d’investissements dans la transition écologique… sans compter l’effet sur les PME (notamment dans le BTP). Or ces dépenses sont décidées par les collectivités territoriales... Quand le gouvernement s'engage en 2014 à créer 100.000 places de crèches d'ici 2017, c'est médiatiquement valorisant, mais son objectif est en fait menacé par un plan de rigueur imposé aux caisses d'allocations familiales: l'Etat leur demande de trouver 1,4 milliard d'euros sur les trois prochaines années... Il en va de même pour le logement social (par l’octroi de cessions foncières par la commune et de subventions complémentaires à celles de l’État), pour l'école (pour le 1er degré, les communes et le Conseil départemental pour les collèges) et pour la transition énergétique (le Conseil régional est chef de fille en matière de biodiversité, de qualité de l'air, de climat et d'énergie).

Sur les sept derniers trimestres, parce qu'il manque de rentrées financières, conséquence du chômage et de la croissance proche de la décroissance, l'Etat n'a d'autre choix - sous la pression de l'Union européenne - qu'un baisse de l’investissement public de l'ordre de 10% et la tendance devrait se poursuivre avec les baisses de dotations prévues par le PLF. 

Le collectif annonce une future dégradation de l'offre médicale. La Sécurité sociale subira également une coupe importante de 7,4 milliards d’euros, conséquence de la politique social-démocrate de Hollande et Ayrault, laquelle profite peu aux Français et davantage aux nouveaux venus, notamment les clandestins qui ont droit và l'école gratuite et obligatoire ou aux soins médicaux financés par la solidarité nationale. 
Ces dernières années, le système de santé a déjà été soumis à une très forte pression après les multiples réformes libérales, solutions obligées que ne peut indéfiniment financer la dette publique. Dans ces conditions, exiger de "faire plus avec moins" engendrera une nouvelle dégradation des conditions de travail et du service rendu aux patients, un sacrifice que refusent les démagogues, quand ils ne s'en emparent pas pour mener leur entreprise de subversion politique. Il obligera de plus en plus les Français à recourir aux complémentaires santé. 
Le gouvernement va devoir en outre modifier les règles de revalorisation des prestations au détriment des bénéficiaires. C'est déjà notamment le cas, il faudrait le dire, en matière de politique familiale. Laccord entre le patronat et certains syndicats sur les retraites complémentaires retirera environ 1 milliard d’euros aux retraités, non pas par une volonté de nuire, mais par nécessité; et le gouvernement table "cyniquement" (sic) sur des baisses de prestations chômage à l’issue des prochaines négociations à l’Unedic. La fraude aux allocations n'y est pas totalement étrangère... 

Le gouvernement multiplie les cadeaux aux entreprises, assurent les extrémistes... Parallèlement, le gouvernement amplifie les cadeaux aux entreprises. Et le collectif ne cite pas les entreprises de presse qui -subventionnées ou non - taxent néanmoins tous les lecteurs de leurs sites, riches et défavorisés également...

Ces "cadeaux" sont coûteux et inefficaces, mais c'est l'avis des militants de l'extrême gauche anti-libérale et militante, économistes inclus, puisqu'on fait dire aux chiffres ce qu'on veut. En 2016, les réductions d’impôts et de cotisations sociales au titre du CICE et du Pacte de responsabilité s’élèveront à 33 milliards d’euros. En septembre, les effets du CICE n'étaient pas encore vraiment spectaculaires: créés en décembre 2012, en dépit d'une montée en puissance, le CICE peine à remplir les objectifs fixés en matière d'emploi, d'investissement et de salaires. 
A la rentrée également, le Conseil économique, social et environnemental (Cese) publia ses recommandations dans son projet de rapport sur l’état de la France: " La fragile reprise que connaît la France s’appuie avant tout sur des facteurs extérieurs, alors que les effets attendus des mesures telles que le CICE ou le pacte de responsabilité tardent à se faire sentir. Elle reste fragile, car le chômage demeure massif et l’investissement peine à reprendre", estime le Cese dans ce projet de rapport sur l’état de la France en 2015. Les Economistes atterrés doivent tout lire...

Contre le raisonnement libéral, les préventions des économistes idéologues ont la vie dure. Ils pointent un accroissement des marges des entreprises qui permettrait seulement d’augmenter leurs investissements et, partant, la croissance et l’emploi. Mais pas plus qu’hier, cela n’a été vérifié dans les faits, refusent-ils d'admettre. L’investissement des entreprises reste désespérément atone et n’a toujours pas retrouvé le niveau de 2008. On attend toujours les centaines de milliers d’emplois qui devaient résulter de cette politique de l’offre. 

Le gouvernement se refuse à admettre cette leçon keynésienne élémentaire du XXe siècle, grondent-ils: les entreprises n’embauchent que si elles en ont besoin pour produire, et pour cela encore faut-il vendre, ce qui relève de la gageure quand la demande est déprimée par l’austérité.  La dépense publique n'est pas la solution: faut-il en venir à une politique de grands travaux financés par l'Etat, c'est-à-dire par le contribuable, soit 50% des Français ? 

Tout en augmentant la fiscalité des ménages. Mais pas tous les ménages: seulement ceux qui travaillent, produisent de la richesse et des rentrées fiscales. Pour financer la forte baisse de la fiscalité des entreprises, le gouvernement augmente aussi la fiscalité sur les ménages. La baisse de 2 milliards de l’impôt sur le revenu – très critiquable car elle réduit le seul impôt progressif – ne permet pas de compenser les hausses de cotisations sociales des salariés, les augmentations d’impôts locaux (conséquence de la baisse des dotations de l’État), et celles de la fiscalité écologique (qui frappera les plus pauvres faute de mesures compensatoires ciblées). Au total, ce sont près de 3 milliards supplémentaires qui seront prélevés sur les ménages, ce qui ne manquera pas de pénaliser la consommation et le niveau de vie. 

Se libérer du carcan austéritaire, panacée des extrêmes

Comble de l’absurdité,
la politique d’austérité ne permet même pas d’atteindre l’objectif de baisse des déficits et de l’endettement public. Elle ne suffit pas, mais faut-il pour autant y renoncer, tout en accueillant des réfugiés? Depuis quelques semaines, élections régionales obligent, ils sont sortis des radars. Les frontières sont-elles pour autant devenues étanches ? Les dépenses d'aides sociales sont-elles jugulées ?

L’horizon auquel la France devrait atteindre le seuil de 3% de déficit public ne cesse d’être repoussé d’année en année (du fait de l’insuffisance de l’activité et donc des recettes fiscales), tandis que le ratio dette sur PIB augmente continûment (par "effet dénominateur"). Une augmentation continue des dépenses publiques endiguerait-elle le déficit public?  C’est une tout autre politique qu’il faudrait aujourd’hui mener, libérée du carcan austéritaire inscrit dans les traités européens. 

L'extrême gauche marxisante prône un "pacte social et écologique" 
A la suite des attentats du 13 novembre 2015, Hollande, le président de la République, a déclaré : "Le pacte de sécurité l'emporte sur le pacte de stabilité (et de croissance !)". Que ne l’avait-il dit plus tôt ? Ces attentats ont en effet mis en lumière le rôle indispensable des services publics et des fonctionnaires (?) - serviteurs de l'Etat et non producteurs de richesse (!) - qui ont su êre à la hauteur des circonstances malgré les baisses d’effectifs et de dotations. De nouvelles créations d'emplois dans la fonction publique ne paraissent donc pas indispensables, messieurs les économistes "atterrants"... 
Si les besoins de sécurité doivent l’emporter sur un pacte de stabilité mal pensé, il doit en être de même pour les besoins sociaux et écologiques, supputent-ils encore. La France est aujourd’hui en "état d’urgence sociale", avec un chômage de masse et des inégalités sociales et territoriales en hausse, notamment du fait de l'arrivée massive d'étrangers, une donnée qui n'apparaît nullement dans leur raisonnement sectaire. 

Les exigences de plein emploi et de cohésion sociale doivent redevenir les objectifs centraux de la politique économique, soulignent-ils. Il faut bien être experts en économie pour en arriver à cet objectif... Mais ils n'y contribuent en rien: l'unité nationale, ce n'est pas pour eux. Selon ceux qui séduisent l'électorat de la gauche et de la droite extrêmes pareillement, cela passe par une rupture avec les dogmes libéraux. Après l'effondrement des dogmes marxistes à l'épreuve des réalités, que resterait-il ? Ce collectif s'y accroche mais reste inaudible hors des cercles étroits de l'anti-libéralisme bruyant. 

l’heure de la COP21, fi de "l'état d'urgence" contre la menace islamiste. Ils choisissent "l’état d’urgence climatique" et donnent la priorité au lancement dès aujourd’hui des investissements massifs dans la reconversion de l’appareil productif et la transition énergétique. Pour être à la hauteur des enjeux de la période, c’est un "pacte social et écologique" qu’il faudrait mettre en place, l'obsession de l'heure. 
Comment ? Nous le saurons dans un prochain épisode: les attaques des économistes archaïques ne vont pas cesser jusque 2017, au moins.