Le menteur récidiviste de la gauche se fait pointer
Lors du débat présidentiel mercredi soir, François Hollande a assuré que la "dette a augmenté de 600 milliards d'euros" depuis le début du quinquennat. Un chiffre contestable et contesté par Nicolas Sarkozy, qui dénonce une "erreur de 100 milliards". Et les deux hommes ont invité la presse à trancher. C'est le président sortant qui a raison.
Selon François Hollande, professeur d'économie à Sciences Po de Paris, "la dette a augmenté de 600 milliards d'euros depuis le début du quinquennat, de 900 milliards depuis 2002. Elle a doublé depuis 10 ans." Il accuse: " Voilà la responsabilité d'une équipe sortante depuis 10 ans."
Un chiffrage qui est fait pour accabler le chef de l'Etat aux yeux des électeurs, mais ce dernier l'a contesté : "Le déficit depuis 2007 n'a pas augmenté de 600 milliards mais de 500 milliards. Une erreur de 100 milliards, ça pose question", a raillé le président-sortant. Les deux hommes sont convenus de laisser "la presse" les départager jeudi.
Voici le verdict : selon les chiffres de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), la dette publique était de 1.717 milliards d'euros fin 2011. Fin 2006, elle était de 1.211 milliards. L'augmentation est donc sur ces cinq ans de 505,7 milliards d'euros, comme Nicolas Sarkozy l'a dit.
Si toutefois, dans son flou habituel, François Hollande faisait référence aux chiffres de 2012, ceux-ci ne sont pas encore connus puisque l'année n'est pas terminée. Selon une estimation gouvernementale de mars, en proportion, cela donnerait 1.783,35 milliards d'euros de dettes. Et donc une différence de 571,75 milliards d'euros. Ce qui ne fait toujours pas les 600 milliards d'euros évoqué par le candidat socialiste.
Education : Hollande n'est pas loin de la vérité sur le taux d'encadrement
"Nous avons le taux d'encadrement le plus élevé de l'OCDE [Organisation de coopération et de développement économiques]", a déclaré Nicolas Sarkozy. Quelques minutes plus tard, François Hollande indiquait, au contraire, que "le taux d'encadrement dans le primaire est le plus bas de l'OCDE". Sauf que le primaire (publics et privés) ne représente pas l'ensemble des cycles de l'Education nationale. En isolant le cycle primaire, Hollande n'a pas tort, mais si la Grèce fait mieux (3e ) derrière le Portugal (1er), ce sont des pays qui vivent au-dessus de leurs moyens et sont en faillite. Mais, après sept années de socialisme et sur fond de contestation sociale contre les mesures d'austérité, l'Espagne (8e) a gelé fin mars le salaire de ses fonctionnaires, alors qu'elle a explosé en 2011 son objectif de déficit, à 8,51 % du produit intérieur brut (PIB).
Commerce extérieur : Sarkozy et Hollande à égalité
Selon Nicolas Sarkozy, la balance commerciale extérieure était déficitaire sous Lionel Jospin, le candidat socialiste assurant qu'elle était, au contraire, excédentaire en 2002. En prenant ces déclarations stricto sensu, ils ont tous les deux raison.
Le 7 février dernier, le secrétaire d'Etat au Commerce extérieur Pierre Lellouche a bien annoncé un déficit commercial à 69,59 milliards d'euros. Le précédent record remonte à 2008 à 56,2 milliards. Or, il faut remonter à 2003 pour avoir une balance commerciale nulle et en 2002 pour qu'elle soit excédentaire, à + 3,5 milliards d'euros, dans un contexte économique international favorable, selon un graphique du Monde.fr. Ces chiffres sont ceux des douanes et leur tendance est confirmée par ceux de l'INSEE"
Mais Nicolas Sarkozy n'a pas tort pour autant. La balance a bien été déficitaire en 2000 (-4,3 milliards d'euros selon les douanes, -10,6 milliards selon l'INSEE) et en 2001 (- 1,5 milliard d'euros selon les douanes, -4,6 milliards selon l'INSEE). Match nul donc et la charge était injuste.
"Vous êtes fâchés avec les chiffres", a observé le président-candidat, avant d'assurer : "La (balance commerciale) extérieure en 2000 et 2001 était en déficit."
Croissance : les situations des pays de référence de Hollande se sont dégradées
Nicolas Sarkozy a défendu sa gestion du pays pendant la crise, soulignant qu'il a fait rebondir la croissance. "Depuis mars 2009, la France est le seul pays qui n'a pas connu un trimestre de récession", a-t-il affirmé lors du débat d'entre-deux-tours. Une déclaration qu'il a déjà effectuée pendant la campagne, notamment sur Europe 1 le 30 mars dernier.
Or, selon l'ancienneté des périodes considérées, la France n'est pas le seul pays à ne pas avoir connu de récession. Pendant les trois premiers mois de cette année, l'ensemble des pays de la zone euro aurait bénéficié d'une reprise après la forte crise financière de l'automne 2008. Du coup, depuis le deuxième trimestre de l'année 2009, l'Allemagne, la Grande-Bretagne, la Suède, le Danemark, l'Autriche, la Slovaquie, la Pologne et la Finlande n'ont pas connu de récession.
Mais les situations récentes ne sont plus aussi exemplaires et les références du candidat de gauche se sont bien ternies. Le Royaume-Uni est en effet officiellement retombé en récession, selon des chiffres publiés mercredi 25 avril: la politique de rigueur draconienne de David Cameron est accusée d'avoir "tué" la croissance. L'économie britannique s'est contractée de 0,2 % au premier trimestre 2012, au même titre que des États en mauvaise posture de la zone euro, comme la Grèce, l'Espagne ou l'Italie.
Chômage : Hollande et Sarkozy n'utilisent pas les mêmes indicateurs
Hollande assure que l'augmentation du nombre des chômeurs atteindrait un million entre 2007 et 2012, mais Nicolas Sarkozy établit cette hausse à "422.000" entre 2007 et 2011. Tout dépend sur quelle source les deux candidats se fondent.
Le président-candidat avait clairement cité sa source "au sens du BIT", collecté chaque trimestre par l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), mais le professeur d'économie socialiste est resté arc-bouté sur ses données.
La contre-vérité du candidat de la gauche est grave
La démonstration de François Hollande, mercredi soir, lors du débat présidentiel, semblait implacable et le chiffre de un million marque les esprits. Sans citer sa source, il faisait référence aux chiffres de la Direction de l'animation de la recherche et des études statistiques (DARES), qui dénombre les demandeurs d'emplois, toutes catégories confondues (tous ceux qui font une démarche active de recherche d'emploi, qu'ils aient déjà un emploi à temps partiel ou non. Hollande a forcé le trait sans ciller, considérant que, dans l'intérêt de sa campagne, il pouvait exploiter la situation des demandeurs d'emploi, à 600.000 près, évalué à la louche, tous en les respectant ! "Le chômage a augmenté d'un million, quatre millions de personnes sont inscrites si elles n'ont aucune activité. C'est énorme, c'est beaucoup, c'est un record. Nicolas Sarkozy, vous aviez dit que 'si le chômage ne tombe pas à 5% de la population active, c'est un échec', et c'est un échec."
Or, les débatteurs utilisaient deux indicateurs différents
A la vérité, en mai 2007, il y avait 2,410 millions de chômeurs selon le BIT. Et 2,846 millions fin 2011, soit une augmentation de 436.000 personnes. Le président dit la vérité. D'autant plus qu'il établissait une comparaison avec les pays européens et que le BIT (Bureau international du travail) est une structure tripartite de l'OIT (ONU) qui rassemble des représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs.
François Hollande a défendu son projet de "contrat de génération", assurant qu'il s'agissait d'une solution, alors que "trois jeunes sur quatre sont en intérim ou CDD quand ils ont un emploi". Une affirmation contredite par la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (DARES). Et selon l'INSEE, en 2010, seul un jeune actif de moins de 25 ans sur deux était, en moyenne, dans une situation d'emploi précaire.
Le fonds de commerce de Hollande, celui qu'il privilégie, au détriment des personnes âgées et des femmes, est très dévalorisé !
Ce qui pourrait lui réserver une cuisante surprise au soir du 6 mai.

