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dimanche 22 septembre 2019

Le gouvernement formate les députés LREM sur l’immigration

​Le pouvoir soumet sa majorité à un cours accéléré sur le dossier immigration

Une cinquantaine de députés sera reçue au ministère de l'Intérieur pour y recevoir clé en main les réponses aux questions relatives à l'immigration

Beaucoup de bruit pour rien:
Macron a déjà annoncé un combat perdu d'avance
Une semaine avant le début du débat voulu par Macron, les élus se préparent à nous tenir tous le même discours fait d'éléments de langage servis par le gouvernement. L'exécutif redoute en effet les couacs et tente de parer aux bavures. L'important n'est donc pas pour lui de dialoguer, mais d'éviter de laisser transparaître les divergences qui se sont fait jour jusqu'à l'intérieur de la majorité.
"Sur l’immigration, il y a plusieurs lignes qui coexistent au sein même de la garde rapprochée du président, entre le secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kohler, son adjointe, Anne de Bayser, et le directeur de cabinet du président, Patrick Stzroda", avoue un proche du palais. C’est dire si Jupiter marche sur la braise.

Le débat annoncé sur l’immigration et la position de fermeté adoptée par le chef de l'Etat visent surtout à grappiller quelques électeurs à la droite. 
D'une part, il ne s'ouvre que lundi prochain et, d'autre part, la majorité a besoin de serrer les rangs et de se mettre en ordre de bataille dès ce début de semaine. L'Elysée et Matignon éprouvent la nécessité de déminer, de ne rien laisser au hasard et ils vont préparer les députés à cette phase difficile et très sensible de l'acte 2 du quinquennat, dans ce qui constitue un véritable cours accéléré d'urgence.

Cela commence dès lundi après-midi : le groupe des cinquantaine députés s'est spécialisé dans l'immigration et aura l'insigne honneur d'être reçus place Beauvau, au ministère de l'Intérieur, pour un brief solennel sur les questions d'asile, de regroupement familial et de reconduite aux frontières. Cette formation courte - on nous dira dense et intense - s'adresse à des élus qui connaissent parfois très mal le sujet de l'immigration.

Ces élus auront l'avantage d'entrevoir Edouard Philippe

Mardi soir, il y aura une réunion de groupe exceptionnelle en présence de Christophe Castaner et d'Amélie de Montchalin, secrétaire d'Etat et spécialiste des migrants "dublinés". 
Au parti, un bureau exécutif de La République en marche sera même consacré au sujet de l'immigration, mercredi soir.

Point faible du régime d'asile en Europe, les "dublinés" sont ces migrants qui doivent déposer leur demande d’asile dans le pays qui les a contrôlés en premier, comme le prévoit le règlement dit "de Dublin", mais son application amène à des situations très complexes à gérer pour les Etats membres, lesquels ne parviennent pas à s’accorder sur sa nécessaire réforme.
Il y aurait près de 600.000 'dublinés' dans l’UE, dont 300.000 en France. Beaucoup arrivent d’Allemagne, qui a fait sa pub humaniste et humanitaire, mais aussi le tri entre réfugiés du conflit irako-syrien et migrants économiques, déboutant 432.000 demandeurs d’asile. "Les expulsions Dublin sont partout en augmentation depuis la fin de 2016", note le site Asylum information Database (Aida). Mais la France transparente de Macron ne communique pas sur le sujet. 

"Il faut éviter les rumeurs et les approximations", se justifie-t-on dans l'entourage du premier ministre.
Matignon prépare d'ailleurs un vademecum, ou anti-sèches, appelées "document de synthèse", remis à tous les députés avec des chiffres incontestables, puisqu'on peut leur faire dire tout ce qu'on veut.
Edouard Philippe en personne recevra des élus, mais seulement certains, pour préparer les orientations et faire en sorte que chacun arrive avec le même diagnostic lundi prochain. Pour cette séquence, l'exécutif veut à tout prix éviter des polémiques dans le débat de fond voulu par le chef de l'Etat: la doctrine Macron.
Avant lui, Lénine avait endoctriné sa jeunesse dans son "Union des jeunesses léninistes communistes" (Komsomol) et pouvait se targuer de "manifestations spontanées"... Nous seront gratifiés d'argumentaires spontanés.

vendredi 28 décembre 2018

La ministre de la justice a-t-elle recommandé la clémence pour les automobilistes tueurs de Gilets jaunes ?

L'Elysée couvre-t-il les violations du principe de séparation des pouvoirs ?

La presse croit encore en son pouvoir de formatage des esprits

Nicole Belloubet aurait demandé la clémence pour les automobilistes qui tuent des gilets jaunes.
Une circulaire signée de la main de la ministre de la Justice et adressée aux procureurs  - qui sont sous sa tutelle, puisqu'elle les nomme et les révoque - tourne en ligne et indigne. Le journal Libération se commet d'office à la défense de la garante gouvernementale du respect de la Constitution : une lourde tâche qui justifie bien les subventions de l'Etat à la presse "libre et indépendante"... Il s'est choisi pour directeur cumulard et de la rédaction et de la publication, l'époux d'une éditrice de Stock et le fils d'un éditeur qui contribua au financement du Front national, le FN de Jean-Marie Le Pen, le pontifiant Laurent Mouchard-Joffrin, 66 ans, lequel passa sa jeunesse dans un château familial en province. Ce cerveau sclérosé a pour seule ligne directrice la complaisance à tous les pouvoirs peu ou prou de gauche. 

Libération vous avait déjà raconté comment les interpellations massives - voire même à titre préventif - de gilets jaunes étaient devenues la norme au cours des précédents samedis de mobilisation. L'ingérence supposée de la justice ou de la police, qui aurait par exemple arrêté un homme juste parce qu’il avait un gilet jaune réglementaire dans sa voiture devenait en fait un peu plus compliqué à justifier. Alors que la presse restait impavide, de nombreux internautes bondirent sur le document issu de la Chancellerie: il s’agirait d’une lettre d’une page signée de la main de la ministre de la Justice Nicole Belloubet et adressée aux procureurs.

Un passage a particulièrement fait réagir : la ministre demandant "une clémence particulière et bienveillante pour les particuliers automobilistes, professionnels et entreprises du transport routier ayant provoqué le décès de manifestants suite à des accidents sur des ronds-points ou des routes qui avaient été bloqués dans le cadre de filtrages illégaux". Rien qui soit invraisemblable par les temps qui courent. 

A l’inverse,
la Garde des Sceaux requiert de la part des procureurs "une sévérité exemplaire dans l’application de la loi 'anti-casseurs' ". Après trois recours à l'article 49.3 et aussi les insultes de Macron à ses concitoyens, les internautes n'attendent plus rien de bon des membres du gouvernement.


Déni total : "Tout est faux, de A à Z"

"Cette lettre est en fait un faux, selon des sources concordantes", assure Libération, d'autorité, prêt à classer ainsi l'affaire. "Concordantes" ne signifie pourtant pas que le faux est avéré, bien au contraire. 

"Ce document litigieux est ni plus ni moins qu'apocryphe," s'empresse d'ailleurs d'affirmer par tweet le porte-parole de la Chancellerie, Youssef Badr, qui ne fait pas de détail, le soir du 23 décembre : "Cette circulaire est fausse. De l’en-tête jusqu’à la signature. A l’exception de la police d’écriture. En la parcourant, on peut lister les erreurs. Et pour comparer, on peut aller sur le site du JO où sont publiées les circulaires." S'attendait-on à un aveu ?

Un tour sur les sites législatifs officiels (comme Légifrance) permet par exemple de constater que le faux document ne comporte pas de numéro de circulaire, alors que les vraies en sont dotées. Mais, depuis quand ce site web officiel du gouvernement français publie-t-il les courriers confidentiels de la Chancellerie ? Ce serait une première et Libération prend ses lecteurs pour des billes.

Une magistrate anonyme abonde 

Libé ne précise pas, comme il devrait, qu'elle appartient au siège... 
Plusieurs éléments lui ont permis de détecter le faux, sauf à penser que le stagiaire retranscripteur est un incapable : "La citation du président [sans majuscule] de la République et du Premier [avec majuscule] ministre au début, les fautes de typographie (majuscules), le fond qui ne pourrait jamais être écrit comme cela (demander de la bienveillance pour des actes ayant conduit à des décès)." Les "preuves" sont ultra-minces, surtout connaissant la réalité du recrutement de bras-cassés à tous les niveaux de l'administration centrale...

Les termes de "gilets jaunes" ne prennent pas de majuscule dans la dernière circulaire de la Chancellerie, datée du 22 novembre, et ils en ont dans le faux document. Oui, mais ça c'était avant que la consigne ait été passée de mettre le mépris du mouvement en sourdine. Or, c'est le gouvernement a fini par prendre les Gilets jaunes au sérieux.

Toujours dans le même registre et dans le document accusé de "faux", le mot "Province" (par opposition à Paris) commence également par une majuscule, alors que ce n’est pas le cas dans une récente circulaire de la Direction des affaires criminelles et des grâces. L'omission commise dans ce document qui sert aujourd'hui de référence est peut-être une marque de mépris enfin corrigée ... Libération refuse de concevoir l'idée d'un soudain respect de l'administration pour les régions, sous la pression de la rue rassemblée aux carrefours. 

Ces deux vraies circulaires sont adressées par le ministère aux procureurs nommés en Conseil des ministres et dépassent largement une page de longueur contrairement au document qu'il s'agit de décrédibiliser. A l’inverse de ce dernier, elles listent des infractions précises que sont susceptibles de commettre les manifestants. Il existe donc bien une correspondance de la ministre avec ses représentants en régions.

Belloubet distingue "circonstances" et "spécificité" des sanctions

Loin d’appeler à la clémence pour les automobilistes et à la sévérité contre les gilets jaunes, la circulaire du ministère du 22 novembre les place d’ailleurs sur le même plan, mais il faut lire entre les lignes : "Outre les dispositions concernant les infractions d’atteintes aux forces de l’ordre susceptibles d’être retenues dans le cadre de mouvements collectifs et celles relatives aux auteurs de vols ou de dégradations, il pourra, selon les circonstances, être spécifiquement recouru aux qualifications suivantes qu’il s’agisse de participants aux manifestations ou de conducteurs cherchant à forcer les barrages." 
Selon un décompte du journal Le Parisien, neuf des dix morts depuis le début du mouvement des gilets jaunes le sont à cause de barrages forcés, commis par des automobilistes irascibles.