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mardi 24 juin 2014

Arrêt des soins à Vincent Lambert: feu vert français, feu rouge européen

Le sur-place d'une "avancée" socialiste

Feu vert du Conseil d'Etat
Le Conseil d'Etat a validé mardi la décision d'arrêter les soins prodigués à Vincent Lambert, un patient tétraplégique en état végétatif dont le maintien en vie divise la famille et a relancé en France le débat sur l'euthanasie.
La décision prise par l'équipe médicale du CHU de Reims est en accord avec l'avis de l'épouse de Vincent Lambert et va à l'encontre de celui de ses parents: elle s'inscrirait donc dans le cadre de la loi Leonetti de 2005 qui proscrit l'acharnement thérapeutique.

En suivant l'avis du rapporteur public, il ouvre la voie à une législation annoncée.
"Au vu de tous les éléments médicaux et non médicaux, le Conseil d'Etat a jugé que le médecin en charge de Monsieur Vincent Lambert avait respecté les conditions imposées par la loi pour l'arrêt des traitements", a déclaré à la presse Jean-Marc Sauvé, vice-président de l'institution.
"Après avoir recueilli l'avis de six autres médecins et de la famille, il a pu, sans commettre d'illégalité, et aussi douloureuse que soit cette décision, estimer que la poursuite des traitements traduisait une obstination déraisonnable.
Le Conseil d'Etat a pris en compte la dégradation de l'état de Vincent Lambert, 38 ans, qui, d'un état de conscience minimale à la suite d'un accident de moto en 2008, est désormais dans un état végétatif avec un mauvais pronostic, selon une récente expertise.

"L'état médical le plus grave, y compris la perte irréversible de toute conscience, ne peut jamais suffire à justifier un arrêt de traitement", a souligné Jean-Marc Sauvé. Le Conseil d'Etat a ainsi apporté une "attention toute particulière" à la volonté du patient.
Mais, sur la foi du témoignage - sans preuve écrite-  de certains de ses proches, Vincent Lambert aurait exprimé à plusieurs reprises son souhait de ne pas être maintenu artificiellement en vie. "Pour moi, c'est sa souffrance qui a été entendue", a réagi son neveu François, parmi huit frères et soeurs de Vincent, et tandis que les parents de ce dernier ont saisi le tribunal de Châlons-en-Champagne, qui a ordonné, le 11 mai, la reprise de l’alimentation et de l’hydratation normales, "au motif que les parents n’ont pas été consultés".

Craignant cette décision, ses parents avaient par anticipation saisi la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) dès lundi soir, pour qu'elle ordonne à la France de surseoir à l'arrêt de son alimentation et de son hydratation.

Le cas Vincent Lambert mobilise les porteurs du projet gouvernemental

Manuel Valls a chargé Jean Leonetti et le député socialiste Alain Claeys de préparer un nouveau projet de loi sur la fin de vie. Le Parlement devrait être saisi avant la fin de l'année.

"Ce serait, pour mon équipe, le délai de trop", a contesté le médecin de Vincent Lambert, Eric Kariger, "catholique social" qui "n’a franchement pas le profil du mauvais élève, ni du diable comme le décrivent à satiété certains sites catholiques intégristes", écrit le quotidien socialiste Libération, polémiquant sans retenue sur un sujet aussi sensible. Bon docteur et bon catholique, Eric Kariger a le sentiment qu' "aucune loi, aucune religion ne défend le principe de souffrir. Je ne suis pas pour la vie à tout prix, même si jamais je ne donnerais la mort. Reste qu’à un moment, la médecine doit savoir se retirer." Souffre-t-on, quand on est plongé dans un "état végétatif chronique"?

Pour le Conseil d'Etat, la loi Leonetti est compatible avec la Convention européenne des droits de l'Homme.
"Cette décision n’est pas une validation d’un acte euthanasique mais le refus de l’acharnement thérapeutique", soutient le député UMP Jean Leonetti. "Cette décision qui concerne le cas particulier de Vincent Lambert ne peut être généralisée à l’ensemble des sujets en situation pathologique similaire, chaque situation devant être appréciée au cas par cas."
La loi Leonetti proscrit "l'obstination déraisonnable" et permet d'abréger la vie d'un malade via l'administration de traitements anti-douleur. Si le patient est dans l'incapacité d'exprimer ses volontés, la décision doit être prise par le médecin en concertation avec l'équipe de soins et la famille.
Jean-Marc Sauvé a estimé que la décision du Conseil d'Etat est de nature à "exorciser" les craintes, étant donné qu'elle exclue un lien mécanique entre une situation médicale et l'arrêt des soins. 

L'Union nationale des associations de familles de traumatisés crâniens s'est quant à elle dite "inquiète" de l'effet que pourrait avoir cette décision pour les quelque 1.700 personnes qui sont en état "pauci-relationnel", c'est-à-dire de conscience minimale, dénonçant notamment la "fragilité" de la reconstruction, a posteriori, de la volonté d"un patient en l'absence de directives anticipées.

Et pour l'avocat des parents du patient, Me Jérôme Triomphe, "c'est un jour funeste". Il a indiqué que le mère de Vincent Lambert, Viviane, était au Conseil d'Etat, mais dans l'incapacité de se présenter à la presse. "Elle pleure toutes les larmes qu'une mère peut pleurer", a-t-il indiqué.

Feu rouge de la Cour européenne des Droits de l'Homme

Les parents de Vincent Lambert tentent
de faire entendre leur voix
La Cour européenne des droits de l'homme a confirmé mardi avoir été saisie en urgence le lundi 23 juin 2014 par les parents de Vincent Lambert, qui espèrent qu'elle s'opposera à l'arrêt des soins au cas où le Conseil d'Etat viendrait à l'ordonner. "La décision concernant la demande d'article 39 sera prise dès que possible après que l'arrêt aura été rendu par le Conseil d'Etat", a-t-elle précisé.

La CEDH a demandé en urgence son maintien en vie, prenant le contre-pied du Conseil d’Etat qui s’était prononcé un peu plus tôt pour l’arrêt des soins. "Ayant pris connaissance de l’arrêt rendu par le Conseil d’Etat", la CEDH a demandé au gouvernement "de faire suspendre l’exécution de cet arrêt pour la durée de la procédure devant la Cour", précise-t-elle dans un courrier au gouvernement français, et publé par l’un des avocats des parents du patient, Me Jean Paillot. 
"Cette mesure implique que Vincent Lambert ne soit pas déplacé avec le but d’interrompre le maintien de son alimentation et de son hydratation", précise la Cour.

Le droit de vie et de mort des juges s'exerce sur les innocents
Et Libération parle du nouvel épisode d'un "feuilleton judiciaire".

lundi 2 juin 2014

Explosion du nombre d'euthanasies en Belgique

Une hausse de 27 % par rapport à 2012

1.807 Belges auraient choisi de mourir euthanasiés l'an dernier
, 
selon un rapport officiel.

C'est un nouveau record cette année encore. Depuis 2002, la Belgique est devenue l'un des rares pays au monde à autoriser l'euthanasie et les chiffres connaissent une croissance exponentielle. En 2013, selon un projet de rapport de la Commission fédérale de contrôle et d'évaluation de l'euthanasie, 1.807 personnes ont choisi de mourir euthanasiées. Soit cinq par jour.

C'est une hausse de 27 % par rapport aux 1.432 cas enregistrés en 2012. Après un bond de 25 % par rapport à 2011… "Peut-on vraiment croire qu'il y a eu une si forte hausse des maladies incurables en Belgique?", interroge Étienne Dujardin, coordinateur des Dossards jaunes, un mouvement citoyen qui réclame un contrôle plus strict de l'euthanasie. Il n'y a jamais eu aucun signalement, par la commission de contrôle, de cas jugés non conformes à la loi", affirme-t-il. Et de commenter : "Ce qui est statistiquement étonnant, en comparaison de ce qui se passe aux Pays-Bas…
Alors que les critères deviennent de plus en plus souples, on voit clairement qu'il y a une dérive !"
En octobre dernier, l'euthanasie de Nathan, un transsexuel de 44 ans, avait d'ailleurs ému la Belgique: il n'était pas atteint de "maladie grave et incurable", mais, après une opération de changement de sexe ratée, ses souffrances psychiques lui étaient devenues "insupportables". 
Quelques mois auparavant, c'était deux frères sourds de 45 ans qui avaient choisi de mourir ensemble, parce qu'ils perdaient la vue. Et en janvier, "le plus vieil athlète" du royaume était décédé à 95 ans par euthanasie après avoir "célébré" son départ avec une centaine de proches, une coupe de champagne à la main.
Il ne s'agit là que d'euthanasies déclarées à la Commission de contrôle et d'évaluation…

Des euthanasies non désirées

Le Pr Wim Distelmans, coprésident de cette commission, a lui-même affirmé en 2012 que "près de la moitié des euthanasies sont réalisées clandestinement en Belgique", souligne Étienne Dujardin. Mais la société civile est en train de se lever: deux personnes viennent de porter plainte contre cet oncologue qui avait procédé, sans les prévenir, à l'euthanasie de leurs parents.»

Les médecins vont-ils bientôt avoir le droit de vie ou de mort sur leurs patients?, s'inquiètent les opposants de l'euthanasie. Alors qu en février la Belgique est devenue,le seul pays à autoriser l'euthanasie des mineurs, sans limite d'âge, certains réfléchissent déjà à la prochaine étape. 

La Société belge de soins intensifs vient ainsi de publier
un document réclamant l'autorisation de l'euthanasie "non demandée". 
"Raccourcir le processus de fin de vie par l'usage de médicaments, comme les analgésiques ou les sédatifs, peut parfois être approprié, même en l'absence d'inconfort, et peut améliorer la qualité de la fin de vie", précise le texte.
Quand la subjectivité prévaut sur la science et le médical
"L'euthanasie non demandée, qui est plus régulièrement pratiquée, devrait susciter davantage d'intérêt, insiste le Pr Jean-Louis Vincent, ancien président de cette Société de soins intensifs, dans une tribune publiée par le quotidien belge Le Soir. Ces malades ne sont pas suffisamment conscients pour faire une demande explicite. Il ne s'agit pas d'augmenter les médicaments pour empêcher toute douleur, mais bien de précipiter la mort lorsque la qualité de vie est devenue insuffisante."