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samedi 27 janvier 2018

Méthode Macron : le chômage n'a toujours pas baissé en décembre

"Le chômage a stagné en décembre," titre Le Monde: et le niveau de vie des chômeurs, bien davantage !

Pôle emploi et le ministère du Travail choisissent la catégorie A pour assurer que le 
nombre de demandeurs d’emploi a baissé de 0,1 % 

Non seulement c'est la catégorie des demandeurs sans aucun emploi, mais c'est sur un mois et dans la seule France métropolitaine... 
Ces chiffres diffusés et commentés chaque mois avaient plombé la politique de François Hollande, tout au long de son quinquennat, en dépit des mensonges de Michel Sapin. Dans un souci peu évident de transparence, Macron ne fera plus communiquer Pôle emploi sur le nombre d’inscrits que tous les trois mois. Le Monde suggère que la publication mensuelle d’une douzaine de pages consacrées à ces statistiques, serait une charge trop lourde. 
Mieux, elle ne contiendra plus désormais que des indicateurs moyens calculés sur trois mois. Certes, les services du ministère communiqueront toujours les données mensuelles, mais de façon beaucoup plus sommaire, au prétexte qu'elles seraient peu significatives, l’objectif étant qu’elles tombent dans l’oubli et soient de moins en moins commentées, non pas tant par les journalistes que par les experts, auprès desquels les premiers puisent leurs pseudo-"décryptages". 

L'effet Macron n'atteint toujours pas la courbe du chômage 
Selon la dernière livraison des chiffres officiels de Pôle emploi et du ministère du Travail, arrivée mercredi 24 janvier, le nombre de demandeurs d'emploi n'a pas évolué de manière significative : ce que Le Monde appelle de la "quasi-stabilité". Le nombre de demandeurs d’emploi qui n’ont exercé aucune activité (catégorie A) a très peu bougé en décembre 2017 : – 0,1 %, seulement, sur un mois en France métropolitaine, soit 2.700 inscrits en moins. Il y a, au total, 3,45 millions de chômeurs dans l’Hexagone.

Macron ministre ou Macron président, quelle différence ?

L'Outre-mer est encore considéré par-dessus la jambe. Pour mention, les services de l'Etat daignent parfois affiner la situation des demandeurs d'emploi "en incluant les territoires outre-mer". Et ça donne "un peu plus de 3,7 millions, rien qu'en Catégorie A. 

Solidairement, le ministère de Pénicaud et Pôle emploi enregistrent une même baisse de 0,5 %, sur un an. Sachant qu'Emmanuel Macron a été à Bercy d'août 2014 à août 2016, puis à l'Elysée pendant sept mois à la fin décembre 2017, on s'interroge sur sa capacité à peser sur l'économie.

D'autant que la baisse de 0,5 % est beaucoup moins nette qu’en 2016 (– 3 %). Un universitaire maintient néanmoins "une confirmation du mouvement de recul, enclenché en 2015, et qui concerne la plupart des régions", mais Yannick L’Horty, professeur à l’université Paris-Est et directeur de fédération de recherche du CNRS, n'est pas qu'un observateur éclairé: il publie communément dans la revue de l'OFCE, classée à gauche. 
On aurait pu espérer une performance plus éclatante, sous la houlette de Jupiter, compte tenu de la solidité de la croissance chez nos partenaires européens, où elle n'est pas, comme en France, qu'un frémissement chronique : + 1,9 % en 2017, d’après les dernières prévisions de l’INSEE, une direction générale du ministère des Finances. 
Tout ça pour décrire un "dynamisme qui a soutenu les créations d’emplois" dont on a constaté en décembre qu'elles sont toujours limitées et peu significatives... Entre le troisième trimestre 2016 et le troisième trimestre 2017, les effectifs dans le privé se sont accrus de 260.000. Et sur les trois derniers mois de 2017, le nombre de déclarations d’embauche (hors intérim) de plus d’un mois a progressé de 3,4 % pour atteindre "un niveau jamais enregistré" depuis 2000, selon l’ACOSS, un établissement public à caractère administratif, EPA, sous les tutelles du ministère des Solidarités et de la Santé et du ministère de l'Action et des Comptes Publics (la caisse nationale du réseau des Urssaf), qui coiffe le réseau des organismes collectant les cotisations sociales. 

Deux phénomènes viennent toutefois "contrarier" ce beau "dynamisme" de "reflux du chômage." Le décryptage est cette fois assuré par Bruno Ducoudré, de l’Observatoire français des conjonctures économiques : toujours l'OFCE. 
Il est temps de rappeler qu'en février 2017, à la veille de l'élection présidentielle, l'OFCE était particulièrement volontariste. Cet éminent observatoire prévoyait une baisse importante du chômage pour les années à venir, atteignant 8,7 % pour 2019-2020, puis 7,7 % en 2022. Cette prévision est en contradiction avec une étude de l'UNEDIC de fin 2016, qui prévoit une légère hausse du chômage jusqu'en 2019 à 9,6 %.
1 - Le plan de 500.000 formations supplémentaires en faveur des demandeurs d’emploi, lancé début 2016, a cessé de produire ses effets : il avait contribué à la diminution du nombre de personnes relevant de la catégorie A de Pôle emploi et à l’accroissement concomitant de la catégorie D – celle qui regroupe les demandeurs d’emploi "non tenus" de rechercher un poste, en raison, notamment, d’un ...stage ou d’une ...formation (+ 24,6 % en 2016). Depuis, bon nombre des bénéficiaires du "plan 500.000"annoncé "massif' et "d'urgence" par François Hollande, le 18 janvier 2016, et mis en place par la précédente majorité, sous l'autorité de Myriam El Khomri (qui est passée au théâtre avec une énième version des 'Monologues du vagin', le 7 mars prochain, aux côtés des commères Marlène Schiappa et Roselyne Bachelot), ont dû refaire surface en catégorie A – ou en catégories B et C (demandeurs d’emplois ayant exercé une activité réduite). La preuve en est que la catégorie D a fondu (– 18,3 % en 2017). Bilan 2017 mitigé. 

2- L'autre magouille qui n'a pu perdurer et contribue à un possible retard dans la diminution du chômage : l’enveloppe des contrats aidés au second semestre 2017 a été amputée, rappelle Bruno Ducoudré. 
Le président Macron s'en est violemment pris aux opposants à sa suppression massive de contrats aidés, en novembre dernier à Tourcoing, dans le Nord. "Que ceux qui les défendent les prennent ! Ils n'en voudraient pas pour eux-mêmes ! J'entends les messages qui m'ont été livrés sur les contrats aidés. Il y a des publics très en difficulté, il y a des quartiers très en difficulté, il y a quelques priorités que j'ai déjà évoquées pour les emplois aidés, au niveau de 200.000", chiffre retenu dans le budget 2018, a déclaré le chef de l'État."Mais il n'est pas sain, selon les cycles électoraux, de monter à 500.000 ou 600.000 les emplois aidés en les plaçant comme des petits pains auprès des collectivités ou des maires pour arranger les chiffres du moment et nous expliquer que c'est l'alpha ou l'oméga de la politique de l'emploi. Un contrat aidé, c'est un contrat à court terme subventionné par l'Etat. Un contrat aidé, ce n'est pas la bonne solution quand il n'y a pas une formation à la clé pour trouver un emploi", a lancé le président de la République dans une nouvelle pique adressée à son prédécesseur François Hollande, qui avait porté à 459.000 le nombre de ces contrats en 2016.
Il est probable, par ailleurs, que la vigueur du marché du travail engendre un "effet d’appel", ajoute l'économiste de l'OCDE: des personnes qui avaient cessé leur quête d'un job – disparaissant, du même coup, des statistiques – auraient repris courage et se sont inscrites à Pôle emploi. C’est pourquoi le bilan 2017 est mitigé, y compris pour les moins de 25 ans, raconte-t-il. 

Ce public particulièrement "fragile", et dont le gouvernement a indiqué vouloir faire une priorité, en particulier dans son plan d’investissement pour les compétences, a certes vu ses effectifs baisser, l’an passé, mais bien moins qu’en 2016 (– 3,5 %, contre – 8,8 %, pour la catégorie A, en ...métropole). 

Le chômage de longue durée repart à la hausse

C'est un fait que la cohorte des économistes et journalistes copieurs-colleurs macroniens ne peuvent glisser sous le tapis un accroissement "sensible" du nombre d’inscrits à Pôle emploi depuis au moins un an (+ 5,1 % en métropole, dans les catégories A, B et C). 

Si Emmanuel Macron et sa sexagénaire suscitent la curiosité des décideurs étrangers qu'il attire à Versailles, l'opération séduction n'a jusqu'ici été qu'un miroir aux alouettes. Les demandeurs d'emploi peuvent l'attester.

vendredi 25 novembre 2016

Courbe du chômage: formation ne veut pas dire création d'emplois

Avec moins de moyens pour plus de charges, Pôle emploi a-t-il accompli les exploits que Bercy lui prête ?

Plan formation : le défi des agences de Pôle emploi
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L'organisme public et les régions se sont mis en ordre de marche pour tenter d'atteindre les objectifs assignés par le plan formation du gouvernement.
Le mardi 12 juillet, l'ambiance était lourde quand la représentante d'un organisme de cours de langue, Formalangues, détailla, dans l'agence Pôle emploi de la rue de Saint-Pétersbourg (dans le... 8ᵉ arrondissement de Paris), les formations en anglais proposées par son centre. Sur le papier, il peut s'adapter à tous les profils et tous les besoins, promet-elle à un groupe d'une trentaine de chômeurs de tout âge. D'autant que Pôle emploi est assez flexible sur les financements. Les devis acceptés peuvent monter jusqu'à 3.200 euros, soit environ trois mois de formation, à raison d'une demi-journée de cours tous les jours de cette formation.

La marche à suivre pour faire passer les chômeurs des catégories A,B ou C à la catégorie D fait l'objet d'une instruction interne à l'organisme public, a révélé Le Canard Enchainé après avoir obtenu la note par des moyens qu'il ne précise pas. L'inversion de la courbe du chômage hante tous les esprits.

Cet objectif de chiffres pourrait abaisser la qualité des formations 
Alors qu'en juin, la baisse du nombre de demandeurs d'emplois promise pour 2016 n'avait toujours pas frémi, Pôle emploi était prêt à tout pour atteindre l'objectif fixé par le gouvernement. Selon le Canard Enchainé,  le 21 avril dernier, Pôle emploi aurait diffusé à ses cadres une "instruction" indiquant la marche à suivre pour mettre 500 000 nouveaux chômeurs en formation d'ici fin 2016 - correspondant à l'objectif fixé par François Hollande - et ainsi faire baisser les chiffres des catégories A,B ou C, les plus regardées. Soit au total, 1 million de chômeurs en formation sur l'année.

Et l'institution fait pour le moins le forcing. 
Afin d'atteindre son objectif, les conseillers ont été sommés de démarcher au total 2,2 millions de demandeurs d'emploi pour leur proposer d'entrer en stage. Car un chômeur sur trois seulement va jusqu'au bout de sa formation: seulement 19% des demandeurs d'emploi sont à l'inverse "porteurs de leur propre projet de formation". 
Chaque mois, chaque conseiller a dû ainsi trouver 15 nouveaux demandeurs d'emploi à démarcher. "On est soumis à une pression incessante, on râcle tous nos fonds de tiroirs pour retrouver ceux qui ont émis un souhait de formation", explique un conseiller. 
Depuis mai, Pôle emploi recourt même aux services d'une entreprise privée pour contacter les éventuels candidats par téléphone.

Dans ce contexte, la qualité des formations offertes pose question.
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Si seulement c'était vrai !
"L'an dernier, on disait non à presque tout le monde. Maintenant, c'est tapis rouge. On dit oui à tout et sans trop de précautions", révèle à l'hebdomadaire un conseiller Pôle emploi. 
Pour gagner du temps, l'organisme public délaisserait également les appels d'offres auprès des organismes de formation, au profit de demandes de formation individuelle.

"L'article du Canard Enchaîné sur Pôle emploi est caricatural, a riposté sur LCI la secrétaire d'État chargée de la formation professionnelle et de l'apprentissage, Clotilde ValterLa tendance sur le long terme est à la baisse du chômage". 
Même message pour... le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, accueilli à point nommé par RTL. "Comme à chaque fois, une partie de ceux qui seront en formation seront comptés en catégorie D. Et vous aurez toujours les mêmes qui viendront dire ‘ah oui, certes, ça baisse sur la catégorie A mais ça augmente dans les autres catégories', a-t-il polémiqué. Tout ça fait débat mais l'objectif du gouvernement, c'est de mettre 500.000 formations. La formation est un enjeu majeur pour l'emploi". Après le nivellement par le bas dans l'Education nationale, la formation professionnelle au rabais, à des fins de politique politicienne. 

Or,  l'État fait des économies en rognant sur le budget de Pôle emploi 
Chaque mardi de l'été, les agences de Pôle emploi d'Île-de-France organisent des réunions de présentation , afin d'inciter les demandeurs d'emploi à faire des formations.Le gouvernement a décidé de réduire sa subvention de 30 millions d'euros, soit une baisse de 2%, prenant le conseil d'administration de Pôle emploi par surprise fin juillet.Pour réduire le déficit de l'Etat et réaliser des économies, Hollande a choisi la stratégie des bouts de ficelle que des grands chambardements. Pôle emploi en a fait les frais. Lors de son conseil d'administration, qui réunit des partenaires sociaux, des représentants des collectivités locales et de l'État, des personnalités qualifiées, les représentants de l'État ont annoncé que la subvention annuelle à l'établissement public est rognée de 30 millions cette année. Grondement parmi les administrateurs. Ils n'ont accepté de voter le budget rectificatif 2016 qu'après dépôt d'une motion dénonçant "une décision unilatérale, prise sans concertation préalable". Ils ont aussi obtenu l'engagement de récupérer... en 2017 l'intégralité de l'enveloppe prévue.
 
Ces 30 millions manquants représentent près de 2 % du total de la subvention promise par l'État, qui doit s'élever, selon la convention signée en décembre 2014 par l'État, Pôle emploi et l'Unedic à 1,507 milliard d'euros. Dans le contexte de fort chômage et de pression autour de l'exécution du plan de 500.000 formations pour les demandeurs d'emploi, ce changement des règles du jeu est toutefois passé pour une provocation. «Une fois de plus, l'État se sert sur les chômeurs, c'est scandaleux», a tancé un administrateur. L'État aurait en fait décidé de récupérer à son compte une économie de 27 millions d'euros réalisée par Pôle emploi sur un poste de frais de personnel.