vendredi 28 décembre 2018

La ministre de la justice a-t-elle recommandé la clémence pour les automobilistes tueurs de Gilets jaunes ?

L'Elysée couvre-t-il les violations du principe de séparation des pouvoirs ?

La presse croit encore en son pouvoir de formatage des esprits

Nicole Belloubet aurait demandé la clémence pour les automobilistes qui tuent des gilets jaunes.
Une circulaire signée de la main de la ministre de la Justice et adressée aux procureurs  - qui sont sous sa tutelle, puisqu'elle les nomme et les révoque - tourne en ligne et indigne. Le journal Libération se commet d'office à la défense de la garante gouvernementale du respect de la Constitution : une lourde tâche qui justifie bien les subventions de l'Etat à la presse "libre et indépendante"... Il s'est choisi pour directeur cumulard et de la rédaction et de la publication, l'époux d'une éditrice de Stock et le fils d'un éditeur qui contribua au financement du Front national, le FN de Jean-Marie Le Pen, le pontifiant Laurent Mouchard-Joffrin, 66 ans, lequel passa sa jeunesse dans un château familial en province. Ce cerveau sclérosé a pour seule ligne directrice la complaisance à tous les pouvoirs peu ou prou de gauche. 

Libération vous avait déjà raconté comment les interpellations massives - voire même à titre préventif - de gilets jaunes étaient devenues la norme au cours des précédents samedis de mobilisation. L'ingérence supposée de la justice ou de la police, qui aurait par exemple arrêté un homme juste parce qu’il avait un gilet jaune réglementaire dans sa voiture devenait en fait un peu plus compliqué à justifier. Alors que la presse restait impavide, de nombreux internautes bondirent sur le document issu de la Chancellerie: il s’agirait d’une lettre d’une page signée de la main de la ministre de la Justice Nicole Belloubet et adressée aux procureurs.

Un passage a particulièrement fait réagir : la ministre demandant "une clémence particulière et bienveillante pour les particuliers automobilistes, professionnels et entreprises du transport routier ayant provoqué le décès de manifestants suite à des accidents sur des ronds-points ou des routes qui avaient été bloqués dans le cadre de filtrages illégaux". Rien qui soit invraisemblable par les temps qui courent. 

A l’inverse,
la Garde des Sceaux requiert de la part des procureurs "une sévérité exemplaire dans l’application de la loi 'anti-casseurs' ". Après trois recours à l'article 49.3 et aussi les insultes de Macron à ses concitoyens, les internautes n'attendent plus rien de bon des membres du gouvernement.


Déni total : "Tout est faux, de A à Z"

"Cette lettre est en fait un faux, selon des sources concordantes", assure Libération, d'autorité, prêt à classer ainsi l'affaire. "Concordantes" ne signifie pourtant pas que le faux est avéré, bien au contraire. 

"Ce document litigieux est ni plus ni moins qu'apocryphe," s'empresse d'ailleurs d'affirmer par tweet le porte-parole de la ChancellerieYoussef Badr, qui ne fait pas de détail, le soir du 23 décembre : "Cette circulaire est fausse. De l’en-tête jusqu’à la signature. A l’exception de la police d’écriture. En la parcourant, on peut lister les erreurs. Et pour comparer, on peut aller sur le site du JO où sont publiées les circulaires." S'attendait-on à un aveu ?

Un tour sur les sites législatifs officiels (comme Légifrance) permet par exemple de constater que le faux document ne comporte pas de numéro de circulaire, alors que les vraies en sont dotées. Mais, depuis quand ce site web officiel du gouvernement français publie-t-il les courriers confidentiels de la Chancellerie ? Ce serait une première et Libération prend ses lecteurs pour des billes.

Une magistrate anonyme abonde 

Libé ne précise pas, comme il devrait, qu'elle appartient au siège... 
Plusieurs éléments lui ont permis de détecter le faux, sauf à penser que le stagiaire retranscripteur est un incapable : "La citation du président [sans majuscule] de la République et du Premier [avec majuscule] ministre au début, les fautes de typographie (majuscules), le fond qui ne pourrait jamais être écrit comme cela (demander de la bienveillance pour des actes ayant conduit à des décès)." Les "preuves" sont ultra-minces, surtout connaissant la réalité du recrutement de bras-cassés à tous les niveaux de l'administration centrale...

Les termes de "gilets jaunes" ne prennent pas de majuscule dans la dernière circulaire de la Chancellerie, datée du 22 novembre, et ils en ont dans le faux document. Oui, mais ça c'était avant que la consigne ait été passée de mettre le mépris du mouvement en sourdine. Or, c'est le gouvernement a fini par prendre les Gilets jaunes au sérieux.

Toujours dans le même registre et dans le document accusé de "faux", le mot "Province" (par opposition à Paris) commence également par une majuscule, alors que ce n’est pas le cas dans une récente circulaire de la Direction des affaires criminelles et des grâces. L'omission commise dans ce document qui sert aujourd'hui de référence est peut-être une marque de mépris enfin corrigée ... Libération refuse de concevoir l'idée d'un soudain respect de l'administration pour les régions, sous la pression de la rue rassemblée aux carrefours. 

Ces deux vraies circulaires sont adressées par le ministère aux procureurs nommés en Conseil des ministres et dépassent largement une page de longueur contrairement au document qu'il s'agit de décrédibiliser. A l’inverse de ce dernier, elles listent des infractions précises que sont susceptibles de commettre les manifestants. Il existe donc bien une correspondance de la ministre avec ses représentants en régions.

Belloubet distingue "circonstances" et "spécificité" des sanctions

Loin d’appeler à la clémence pour les automobilistes et à la sévérité contre les gilets jaunes, la circulaire du ministère du 22 novembre les place d’ailleurs sur le même plan, mais il faut lire entre les lignes : "Outre les dispositions concernant les infractions d’atteintes aux forces de l’ordre susceptibles d’être retenues dans le cadre de mouvements collectifs et celles relatives aux auteurs de vols ou de dégradations, il pourra, selon les circonstances, être spécifiquement recouru aux qualifications suivantes qu’il s’agisse de participants aux manifestations ou de conducteurs cherchant à forcer les barrages." 
Selon un décompte du journal Le Parisien, neuf des dix morts depuis le début du mouvement des gilets jaunes le sont à cause de barrages forcés, commis par des automobilistes irascibles.

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