mercredi 26 décembre 2018

A Notre-Dame-des-Landes: reconstitution d'une nouvelle forme de ZAD

Notre-Dame-des-Landes renaît

Pour créer un fonds de dotation pour pérenniser leurs activités et développer des coopératives agricoles ou artisanalesBen, 35 ans et d'autres habitants de l’ancienne ZAD tentent de renouer avec les pouvoirs publics.

Il suffit de traverser la ZAD de Notre-Dame-des-Landes pour s’apercevoir que quelque chose a changé. Des routes dégagées, des champs humides où broutent vaches et moutons, des boîtes aux lettres où figurent les noms des habitants, des poubelles attendant d’être ramassées…  Depuis l’évacuation par la force d’un tiers des squats de la zone en avril dernier, et la signature de conventions d’occupation précaire (COP) entre l’Etat et les "zadistes" porteurs de projets agricoles, cette micro société est en pleine recomposition.

"Nous vivons une nouvelle étape", confirme Ben, paysan trentenaire, qui ne tient plus à ce qu’on l’appelle "Camille", ce prénom générique qui garantissait l’anonymat des 'zadistes', façon militant trotskiste. "Cela avait du sens au début. Mais aujourd’hui, cela relève du folklore'. Et pour cause, la plupart des habitants actuels de la ZAD sont entrés en négociation avec l’Etat pour "institutionnaliser" leurs activités. Ceux qui étaient farouchement opposés à ce compromis ont préféré quitter les lieux. "Une petite moitié des habitants de la zone sont partis, constate Ben. Il reste encore des personnes très critiques vis-à-vis de nos choix, mais qui nous laissent tenter ce pari du dialogue".

Le conflit de Notre-Dame-des-Landes pouvait-il être évité ?

Installé depuis huit ans au Moulin de Rohanne, dans l’une des plus anciennes maisons "en dur" de la ZAD, Ben a connu toutes les étapes du mouvement anti-aéroport. Les premières installations de 'zadistes' en 2009 ou le fiasco de l’opération d’évacuation de 2012, jusqu’à l’abandon définitif du projet, en janvier 2018. "On a toujours été sur le qui-vive, résume-t-il. Sauf entre 2014 et 2015, lors du moratoire sur les expulsions. Aujourd’hui, la pression a changé de nature. Elle n’est plus militaire comme au printemps dernier mais administrative…".
Les temps ont changé. Désormais, Ben passe plus de temps devant son ordinateur que dans sa ferme, où s’ébattent poules et canards. Signataire d’une COP agricole, il jongle entre formulaires et tableaux prévisionnels. "On nous demande en cinq mois des documents qu’un paysan qui s’installe réalise en cinq ans". Mais ce n’est pas tout.

D’autres zadistes et lui ont travaillé ces dernières semaines à la création d’un fonds de dotation pour pérenniser leurs activités. En faisant appel, à partir de janvier, à la générosité publique, il pourrait permettre d’acheter terres et bâtis pour créer leurs propres baux. Une discussion est aussi entamée avec l’Office national des forêts (ONF) pour la gestion du bois de la ZAD. "Cette nouvelle bataille va prendre des mois", commente Ben.

Non loin de là, au lieu de vie 'La Hulotte', un autre trentenaire, Erwan, est lui aussi rivé à son ordinateur. Ancien étudiant en agronomie à Rennes, il soutient de longue date le mouvement anti-aéroport. Après plusieurs saisons comme berger dans le Vercors, il s’est installé sur la ZAD en janvier 2018. Dans sa cabane en bois chauffée par un poêle, qu’il partage avec un couple de maraîchers, il travaille sur les projets d’une coopérative réunissant plusieurs COP (travail du bois, élevage de vaches et de moutons, maraîchage, céréales et transformation en pain ou en galettes). Des productions portant un double objectif : vivre sur la ZAD et pouvoir "ravitailler les luttes présentes ou à venir". Comme fournir des repas à des postiers grévistes, des migrants, etc.

Soutien aux gilets jaunes

Après un temps d’observation, Erwan et d’autres zadistes sont d’ailleurs allés soutenir des gilets jaunes. "Ce que je prenais au départ pour un mouvement poujadiste est en réalité très protéiforme, observe-t-il. Il s’y joue une richesse de discussions sans précédent. C’est enthousiasmant de voir des personnes modestes s’emparer de politique." Il salue ainsi l’installation d’une "maison du peuple" à Saint-Nazaire, autogérée par des gilets jaunes.

Pour Erwan, la ZAD constitue un lieu unique pour expérimenter des alternatives. Jusqu’au travail de la terre. "On essaie d’imaginer un autre rapport au sol, confie-t-il. L’idée n’est pas de l’épuiser par les récoltes, les labours et le pâturage des animaux mais de tester des méthodes pour la régénérer en permanence". Le tout en s’inscrivant dans la légalité d’une exploitation agricole. "On marche sur une ligne de crête, reconnaît Erwan. L’enjeu est de rester vivants sans perdre notre âme…".

Repères  : trois incertitudes

Les COP : Les conventions d’occupation précaire signées au printemps dernier entre l’Etat et les zadistes expirent au 31 décembre. Le nouveau préfet (qui remplace Nicole Klein, partie à la retraite) va-t-il les renouveler ?

Le département : L’Etat vient de signer un protocole avec le département de Loire-Atlantique pour lui rétrocéder 895 hectares de terres de la ZAD. Le transfert de propriété interviendra début 2019, pour un montant de 950 000 €. Quel effet ce transfert aura-t-il sur les projets agricoles des zadistes ?

L’habitat : Le devenir des habitats de la ZAD (maisons, cabanes, hangars…) est confié aux élus de la communauté de communes Erdre et Gèvres. Quelles décisions prendront-ils ?

Amazon étudie même l'opportunité d'une installation sur l'ancienne ZAD... impensable,  il y a quelques mois.

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