mardi 20 septembre 2016

Du jamais vu: les rats quittent les cabinets ministériels et l’Elysée

Les conseillers anticipent l'échec de la gauche à la présidentielle

A quelques mois des élections présidentielle et législatives,
les cabinets ministériels et de l’Elysée font face à une hémorragie de conseillers. 

Les collabos de ministres, de Matignon et de l'Elysée prennent les devants de l'alternance. Or, depuis le début de l'été, cette fin de quinquennat désastreux enregistre un nombre inaccoutumé de reconversions. Le nombre de conseillers ministériels ou de la présidence de la République ayant fêté leur départ cet été bat des records cette année, rapporte Le Monde ce lundi 19 septembre. Après Le Parisien, ce quotidien fait en effet commerce d'une étude comparée de l’ensemble des numéros du Journal officiel publiés entre le 1er juin et le 15 septembre avec la même période en 2011, 2006 et 2001 et lerésultats sont saisissants.

Sauve-qui-peut au sommet de l'Etat
10 % des effectifs des cabinets ministériels et de l’Elysée ont quitté leurs fonctions. En l’espace de cent jours, pas moins de 57 membres de cabinets ministériels et à la présidence de la République ont cessé leurs fonctions, soit un peu plus de 10 % des effectifs. Par comparaison, ce nombre était de 28 en 2011 en pareille circonstance. Le nombre de départs a tout simplement doublé. Et ce sans tenir compte des démissions du ministre de l’économie Emmanuel Macron, qui a entraîné dans son sillage la vingtaine de collaborateurs qui composaient son cabinet (seuls six d’entre eux, à ce jour, ont réintégré le cabinet du nouveau secrétaire d’Etat à l’industrie, Christophe Sirugue), et de la ministre de l’Outre-mer George Pau-Langevinqui a occasionné la suppression du secrétariat d’Etat à l’égalité réelle, alors qu'elle est soumise à l'ISF: superflu ? 

Des départs qui touchent les directions de cabinets
L'Histoire est cruelle pour les dessinateurs
Le nombre de départs de hauts responsables des cabinets est plus atypique encore. Depuis le 1er juin, huit directeurs de cabinet ont mis fin à leurs attributions, ainsi que deux directeurs adjoints, un chef de cabinet et trois chefs de cabinet adjoints. Là aussi, c’est le double du nombre de départs de cette nature enregistrés cinq ans plus tôt.
Avant Le Monde, Le Parisien avait déjà fait les comptes, entre le 1er juin et le 27 août, dénombrant 48 départs de membres de cabinet. Un peu plus qu’en 2015 (41), qu’en 2013 (37), et qu’en 2014 (30). Bien plus qu’en 2011, surtout, un an avant la présidentielle : 14 membres de cabinets avaient alors quitté leur poste. Il est vrai que les chances de réélection de Nicolas Sarkozy étaient alors plus élevées que celles de François Hollande en 2017.

Alors que Hollande défend son bilan à travers la France, son entourage se cherche des points de chute dans la haute fonction publique 

La tentation du privé n’épargne pas les serviteurs de l’Etat. Mais le ministre des Affaires étrangères est amorphe et la plupart regagnent leurs corps d'origine dans la haute fonction publique. D’autres en profitent pour s'assurer un reclasssement avantageux qui leur garantisse une fin de vie confortable dans la fonction publique ou l’administration territoriale et leur épargne à jamais la vue des "sans dents"...



Le temps des reclassements, des recasages et des promotions n’est pas terminé. La délocalisation risque même de s’amplifier encore dans les semaines et les mois à venir.

Un manque à gagner pour les fonctionnaires politiques

S'agissant de leurs rémunérations, elles n'ont pas été affectées par la soi-disant baisse de 30 % qui a touché les ministres au début du mandat de Hollande, passant ainsi de 14.200 à 9.940 euros brut par mois, soit 8.500 euros net, il n’en a rien été pour les conseillers. 
La décision a été sur-médiatisée; la vérité beaucoup moins...
La baisse des rémunérations (président, ministres...) a été déclarée inconstitutionnelle et donc annulée... dans la plus grande discrétion, avec la complicité de la presse accro aux subventions de l'Etat. Par décision n°2012-654DC du 9 août 2012, le Conseil constitutionnel a déclaré non conforme à la constitution l'article 40 de la loi de Finance rectificative qui prévoyait la baisse de salaire de 30% du président, du premier ministre et du gouvernement. Donc, maintenant, ils sont beaucoup plus nombreux qu'avant... et payés autant. Au final, Hollande a bien fait des déclarations d’économies exemplaires, mais la dette publique ne s'en porte donc pas mieux... Vérifie qui veut, à cette adresse: lien

René Dosière, ancien député socialiste, connu pour ses analyses des dépenses publiques, a enquêté sur les rémunérations dans les cabinets. La moyenne des rémunérations des trois collaborateurs les mieux payés dépasse celle de leur ministre dans 24 cabinets. Par exemple, cette moyenne s’élève à 11.333 euros net par mois dans le cabinet d’Emmanuel Macron. Les moins bien payés du cabinet ne sont pas à plaindre non plus: la moyenne des trois plus petites rémunérations s’élève tout de même à 5.233 euros net par mois. Ces rémunérations s’expliquent pour partie par la volonté d’attirer des salariés du secteur privé, qui représentent environ la moitié de la population des cabinets, souvent mieux payés que les fonctionnaires.

C’est un CDD aussi formateur que lucratif
"Dix-huit mois de cabinet équivalent à dix ans de toute autre expérience", explique Anthony Borré, qui, à 24 ans, était le plus jeune conseiller du cabinet de Christian Estrosi, quand ce dernier était ministre de l’Industrie. Les cabinets sont des écuries de jeunes talents, mais incarnent aussi un certain immobilisme, selon les détracteurs. 
Alors que les Français souhaitent un renouveau de la classe politique, les cabinets ministériels restent une voie royale d'accès aux plus hautes fonctions. La moitié des ministres actuels sont passés par là. On peut notamment citer E. Macron, qui a fait ses classes en tant que secrétaire général adjoint de l’Elysée au début du quinquennat de Hollande, Manuel Valls, apparatchik et étudiant professionnel non diplômé en histoire, ou Laurent Fabius, grand bourgeois oisif et diplômé d''IEP, ministre du Budget de Mitterrand sans aucune connaissance de la vraie vie. 
Les recommandations sont de rigueur pour intégrer un cabinet. "Lorsque l’on veut quelqu’un pour parler et agir en son nom, on prend un copain", souligne un conseiller ministériel pour justifier ces nominations en circuit presque fermé.
Intégrer un cabinet peut cependant être une fin en soi. Il existe d’ailleurs des masters dans les universités Paris-I, Paris-X et Lyon-II qui ne forment qu’à ce métier, avec la bienveillance d'un professeur attentif à protéger les pistonnés. Voyez le nombre d'élus détenteurs d'un DESS de complaisance... Un conseiller de Bercy explique que rares sont ceux, parmi ses homologues, qui ambitionnent de passer de l’ombre à la lumière : "La différence entre le métier de conseiller ministériel et celui de ministre ne peut être réduite à une différence d’ampleur. Les conseillers sont plus opérationnels, se concentrant sur les détails, tandis qu’un ministre doit avoir une vision globale." 
Selon lui, il n’est toutefois pas plus nécessaire pour autant d’être passé par un cabinet que d'avoir exercé un activité professionnelle pour exercer des responsabilités ministérielles : "On apprend aussi très bien le mécanisme d’une prise de décision en entreprise." On comprend donc que ces conseillers qui viennent du privé souhaitent souvent y retourner.

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