dimanche 28 août 2016

Crise laitière: la Confédération Paysanne vise Bruxelles et non Lactalis

Bruxelles aussi concentre la colère des éleveurs

Etrangement, les éleveurs de la FNSEA s'en prennent à Lactalis

Une partie des producteurs laitiers, derrière le puissant syndicat FNSEA, a déclaré la guerre à Lactalis (Lactel, Bridel, Salakis, Galbani, Président, …), premier groupe laitier mondial, qu’ils accusent de pratiquer des tarifs trop bas. 
La FNSEA cible Lactalis qui serait donc le principal responsable du marasme dans lequel se trouvent de nombreux producteurs. 
Un blocus de la société a d’ailleurs été mis en place la semaine dernière.
Avec la crise laitière, la colère paysanne gronde à nouveau, notamment en Bretagne, à quelques semaines seulement du début du salon agricole, le SPACE de Rennes, qui pourrait être animé.
Lactalis, anciennement Besnier, est une entreprise française du secteur de l'agroalimentaire. Elle s'est hissée aux rangs de premier groupe laitier et fromager mondial, et de deuxième groupe agroalimentaire français, en volume de production en 2014, derrière le groupe Danone.

Toutefois,
la FNSEA n’est suivie dans son action ni par la Coordination rurale, ni par la Confédération paysanne.

Tous les sites français du groupe Lactalis sont visés
La Confédération paysanne est d’habitude beaucoup plus radicale dans ses formes d’action comme dans ses propositions. Il suffit de citer ses meneurs, l'altermondialiste Joseph (dit José) Bové,  membre fondateur d'ATTAC, "démonteur" (destructeur) du  McDonald's de Millau (1999), saccage de plants de riz transgénique en  "faucheur" de plants de riz transgénique et, en 2006, d'un champ de maïs OGM en Haute Garonne, condamné à de nombreuses reprises ("violence en réunion" pour séquestration de fonctionnaires de la préfecture de Rodez), ou Laurent Pinateléleveur bovins bio près de Saint-Étienne dans la Loire, en première ligne de la lutte contre la Ferme des mille vaches dans la Somme, placé en garde à vue à deux reprises , poursuivi pour "incitation à la dégradation" et pour "recel". Ces mêmes neuf militants ont vu leurs peines allégées en appel.

La première, la Coordination rurale, interroge: "Pourquoi ne cibler que Lactalis?"
Selon ces producteurs, les mauvais élèves ne sont pas forcément ceux qui sont montrés du doigt. "Pourquoi ne cibler que Lactalis ? Cette entreprise ne paye certes pas le lait à un prix rémunérateur pour les producteurs, mais quasiment aucune laiterie aujourd'hui ne le fait ! [en France et en Europe] Pire, certaines coopératives payent chez beaucoup de producteurs le même prix que Lactalis en tenant compte des prix A et B, sans être attaquées !".
La Coordination rurale (CR, deuxième syndicat agricole national) est un syndicat agricole apolitique qui a été créé en 1992, en réaction à la réforme de la Politique agricole commune (PAC): l'un des slogans de la CR est "des prix, pas des primes".

Le groupe Lactalis a dénoncé de son côté dans un communiqué publié jeudi les propos "irresponsables" des représentants de syndicats agricoles qui ont pris l'industriel pour cible principale. 
"La production laitière est très excédentaire en France et le groupe Lactalis est l'entreprise de transformation qui traite le plus d'excédents produits par les producteur de lait", a précisé l'industriel, qui souligne que le prix payé en France est "nettement supérieur" à celui pratiqué par les autres pays européens, notamment l'Allemagne, premier producteur en Europe.
Quant au MODEF (Mouvement de défense des exploitants familiaux, classé à l'extrême gauche)il déplore dans le journal communiste L'Humanité que Lactalis (qui produit les marques Bridel, Lactel ou encore Président) jouisse "d’une santé économique insolente" et qu'un PDG d'entreprise comme Lactalis soit classé 13e fortune de France. Sur le fond, le Modef constate que l’offre de lait a dépassé la demande, mais ne pousse pas l'analyse jusqu'à la condamnation de la politique de Hollande qui a plombé les exportations vers la Chine, mais aussi la Russie, du fait de son soutien au gouvernement rebelle en Ukraine.

La Coordination Rurale, elle, mène d’autres actions coup de poing

A Marmande, des milliers de litres de lait ont récemment été déversés, 
avec pour cible bien précise le domicile du ministre lot-et-garonnais Matthias Fekl, secrétaire d'État chargé du Commerce extérieur. "Les politiques nous lâchent..." assure Sylvie Girard, responsable régionale de la Coordination rurale., mais rappelle (et PaSiDupes l'a indiqué plus haut) "quasiment aucune laiterie aujourd’hui ne paie un prix rémunérateur aux producteurs", visant (le blog le souligne à nouveau, à la différence de la presse étatique) certaines coopératives payent chez beaucoup de producteurs le même prix que Lactalis, sans être attaquées !". Les journalistes d'investigation peuvent se tourner vers LAÏTA, la première entreprise coopérative laitière du Grand Ouest, sise dans le Finistère qui compte huit députés PS (ou DVG) sur huit, dont Jean-Jacques Urvoas et Marylise Lebranchu.

Pourquoi  la Confédération Paysanne s'attaque-t-elle à Bruxelles et non au gouvernement français ?

Avec l’APLI, association des producteurs de lait indépendants, mais qui conteste vivement la légitimité de la FNSEAla Confédération Paysanne se refuse à partager la même cible que la FNSEA. Conscients de la globalisation du marché, ses adhérents réclament une régulation et une harmonisation européenne des règles et des prix.


Le 18 juillet dernier, le Conseil agricole de l’Union Européenne a présenté de nouvelles mesures qui permettent à Hollande de rester les bras croisés. Le commissaire européen à l’Agriculture l’Irlandais Phil Hogan, a annoncé le déblocage d’une nouvelle enveloppe de 500 millions d’euros d’aides d’urgence, afin d’enrayer la spirale de baisse qui emporte les cours du lait depuis... deux ans et met en péril la situation de nombreux éleveurs.

Ces financements européens seront répartis dans deux enveloppes. 
La première, de 150 millions d’euros, pour inciter les producteurs de lait à réduire leurs volumes, avec un objectif d’une diminution de 1,4 million de tonnes de lait. Les agriculteurs seront rémunérés au prorata des litres non produits (soit environ 10,7 centimes d’euro le kilo de lait) .

La seconde tranche, de 350 millions d’euros, sera versée aux 28 Etats membres, qui pourront ajouter jusqu’à 100 % des sommes reçues, si cela n’encourage pas la hausse de la production mais plutôt des actions environnementales ou de formation.

De nouvelles "perfusions" donc, qui dispensent le gouvernement Valls de soutenir ses éleveurs et  qui font suite à aux millions dépensés chaque année en faveur des agriculteurs, sans que la courbe des prix du lait ne s'inverse, signe d’un modèle à bout de souffle.

Produire moins pour gagner plus, réclame l
a Confédération paysanne

Avec seulement 19,7 % des voix lors des dernières élections aux chambres d'Agriculture en 2013, la Confédération est particulièrement remontée contre sa rivale, la FNSEA, de Xavier Belin qui a validé le projet européen, stigmatise un "gigantesque plan de licenciement des éleveurs laitiers"
"Alors que tout le monde parle enfin de régulation, il est temps de mettre en place de véritables mesures pour les éleveurs avec une réduction imposée de la production couplée à des prix renforcés sur les premiers litres", explique la Confédération dans un communiqué diffusé par la presse.

Actuellement, les prix du lait sont descendus sous les 0,25€ le litre, alors que 0,35 € minimum sont nécessaires pour un revenu correct selon le syndicat paysan. "Les éleveurs sont déjà acculés par un système qu’aucun gouvernement européen n’a réellement souhaité remettre en cause. Désormais, des milliers d’entre eux pourraient être poussés vers la sortie."

Le syndicat exhorte aussi les gouvernants à cesser la distribution d’aides et de perfusions aux paysans, mais prennent les mesures pour que ces derniers puissent vivre de leur production : "il est temps de penser le soutien aux éleveurs pour engager la transition vers des modes de production plus autonomes, plus cohérents avec la réalité du métier et des besoins alimentaires. L’agriculture est un secteur qui peut créer de l’emploi si on ne le vend pas à un libéralisme éperdu qui ne se préoccupe pas des travailleurs, ni de l’environnement, des paysages, de l’alimentation, de la société dans son ensemble !".

La rentrée pourrait s’annoncer chaude et agitée,
particulièrement dans l'électorat de Bretagne !

1 commentaire:

  1. Ce commentaire a été supprimé par un administrateur du blog.

    RépondreSupprimer

Vous pouvez ENTRER un COMMENTAIRE (il sera modéré):