vendredi 31 octobre 2014

Entre Mali et Niger, Burkina-Faso plongé dans la tourmente

Le "démocrates" occidentaux renouvelleront-ils leurs erreurs du "printemps arabe"?

Une insurrection de la rue est-elle nécessairement populaire?


Chaos à Ouagadougou
Le Burkina-Faso s'est enflammé et la crise a provoqué l'intervention des militaires. Des tirs ont retenti aux abords de la présidence dans la nuit de jeudi à vendredi. Des soldats de la garde présidentielle en interdisaient l'accès, s'étonne un journaliste de l'AFP...

Le président Blaise Compaoré a promis une transition au 
Burkina Faso mais a refusé de démissionner. Au lendemain de violentes émeutes contre le régime, assemblée nationale incendiée, télévision publique prise d'assaut, province soumise à la violence, appels à la démission du président, l'armée dit avoir pris le pouvoir.
Les troubles ont fait une trentaine de morts et plus de 100 blessés, a indiqué l'opposition, sans préciser si le bilan est national ou ne concerne que Ouagadougou. Les observateurs étrangers ne confirment que quatre morts et six blessés graves dans la capitale.

Depuis vendredi matin, la stabilité du pays est compromise

Les insurgés ont pris la télévision d'assaut
Les responsables de l'opposition n'on pas clairement réagi à la prise de contrôle par les militaires, mais font du départ de B. Compaoré un "préalable non négociable". "Nous nous réveillons aujourd'hui avec une situation de confusion totale", a jugé un député d'opposition, Ablassé Ouédraogo, interrogé par Radio France Internationale (RFI).

Le chef d'état-major des armées Nabéré Honoré Traoré a annoncé la création d'un "organe de transition", chargé des pouvoirs exécutifs et législatifs, dont l'objectif est un retour à l'ordre constitutionnel "dans un délai de douze mois".

Au cours d'une allocution télévisée, le président Blaise Compaoré a déclaré avoir "compris" le message de la rue et avoir pris "la juste mesure des fortes aspirations au changement".
Arrivé au pouvoir par un coup d'Etat en 1987, il n'a toutefois pas évoqué une éventuelle démission, se disant à l'inverse "disponible" pour "ouvrir des pourparlers" pour "une période de transition" à l'issue de laquelle il "(transmettra) le pouvoir au président démocratiquement élu".

Dans un communiqué du Département d'Etat, les Etats-Unis ont salué jeudi soir la "décision" du président Compaoré de "former un gouvernement d'unité nationale pour préparer des élections nationales et de transférer le pouvoir à son successeur démocratiquement élu". Washington "regrette" par ailleurs "la perte de vies humaines" et appelle les parties à éviter toute violence supplémentaire.

Le rival de Compaoré sort du bois


Deux des "1500 manifestants" qui ont forcé
 l'entrée de l'Assemblée nationale
Jeudi soir, l'un des principaux responsables de l'opposition, un parent du précédent président anti-impérialiste, panafricaniste et tiers-mondiste burkinabè, Bénéwendé Sankara, a été le premier à qualifier  la prise de pouvoir de l'armée de "coup d'Etat". Un couvre-feu est désormais imposé "sur l'ensemble du territoire de 19h à 6h". Il est plus ou moins sérieusement respecté à Ouagadougou.

Ancien membre du Comité de défense de la révolution (CDR), Sankara, a réagi aux déclarations de B. CompaoréLe départ du président est "un préalable non négociable", a lancé cet adversaire arrivé deuxième derrière le président élu en 2005, avec 4,88 % des suffrages. "Pendant 27 ans, Blaise Compaoré a roulé tout le monde dans la farine. Là, il est encore en train de duper, de ruser avec le peuple", a-t-il accusé.
Le président burkinabè a levé jeudi soir l'état de siège qu'il avait décrété dans l'après-midi.

Les insurgés ont un général favori 

Selon le camp dans lequel se range la presse occidentale, la prise de pouvoir de l'armée serait assez mal acceptée par les manifestants, qui dénoncent la personnalité du chef d'état-major, qualifié de "pion du pouvoir" par Mohamed Rabo, un étudiant de 26 ans, qui "réclame" Kouamé Lougué, un général en retraite au fort capital de sympathie.

Mais l'un des personnages-clés du mouvement de protestation est un général...
"Nous voulons Lougué", criait hier une femme, qui a souhaité garder l'anonymat! En quelques heures, jeudi 30 octobre, le général à la retraite Kouamé Lougué est devenu le favori des "dizaines de milliers" (?) qui ont scandé son nom alors qu'ils marchaient sur le palais présidentiel.
Le militaire est à l'interface des parties. C'est, semble-t-il, grâce à sa présence que les négociations ont pu s'ouvrir avec les militaires. Jeudi, l'homme a rencontré l'état-major des armées du pays. Quelques heures plus tôt, il avait été reçu par le Mogho Naba, le "roi" des Mossi, une autorité morale et coutumière vénérée dans le pays en tant que représentant du soleil. Enfin, dans la soirée, il s'est entretenu avec les chefs de file de l'opposition.
Pourtant, selon RFI, le général Lougué aurait affirmé "[ne pas avoir] bougé de chez [lui] depuis ce matin, [ne pas avoir] parlé avec la population". Lougué ne remet par ailleurs pas en question l'autorité du chef de l'Etat. Toutefois, il déclarait alors "que l'important à [s]es yeux [était] que l'armée se range du côté de la population"...
Dans un rassemblement jeudi après-midi, les manifestants ont demandé à Kouamé Lougué, ancien chef d'état-major et ministre de la Défense jusqu'à son limogeage en 2003de prendre le pouvoir.

Vers un 'Printemps noir' ?

La stabilité du pouvoir dérange les ambitieux de l'opposition 
Blaise Compaoré, lui-même Mossi, a participé à trois putschs, dont le dernier lui a permis d'arriver au pouvoir. Malgré deux septennats (1992-2005) puis deux quinquennats (2005-2015) et 27 ans de règne, il souhaitait se maintenir aux affaires après 2015, ce que ne lui permettait pas la Constitution.

Jeudi, l'opposition a mobilisé ses militants contre la volonté du président de faire réviser l'article 37 de la Loi fondamentale qui fixe à deux le nombre maximum de quinquennats présidentiels. Le régime avait tenté en vain de calmer les esprits en annonçant l'annulation du vote du projet de révision constitutionnelle, prévu jeudi.

Les opposants menacent de renversement l'un des régimes les plus stables de la région.
Mercredi, Emile Pargui Paré, président du Mouvement du peuple pour le socialismefusionné au Mouvement du peuple pour le progrès (MPP), annonçait déjà un "printemps noir au Burkina Faso, à l'image du printemps arabe", au lendemain de manifestations monstres qui avaient vu des centaines de milliers de personnes - un million, selon l'opposition - descendre dans la rue à Ouagadougou pour dénoncer un "coup d'Etat constitutionnel".

L'Union africaine (UA) a appelé "toutes les parties concernées à faire preuve de la plus grande retenue". 
L'Union européenne a lancé un appel à "engager rapidement un dialogue" et à mettre fin aux violences. 
La France, ancienne puissance coloniale et partenaire du Burkina Faso, qui joue un rôle-clé dans l'instable zone sahélienne, a plaidé pour un "retour au calme".

Frontalier de l'Algérie, le Burkina-Faso a recensé 15,3 % d'animistes, 23,2 % de chrétiens et 60,5 % de musulmans.

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