mercredi 4 septembre 2013

Experts divisés sur les preuves d'attaques chimiques en Syrie

Les inspecteurs des Nations Unis se divisent sur les éléments de preuves
Experts de l'ONU venus enquêter sur 

l'utilisation d'armes chimiques en Syrie, 
à Ghouta (est de Damas), le 28 août 2013
"Aucun doute" sur l'implication d'Assad ?

Bien qu'on ne voit pas le rapport, pour Vincent Desportes, l'ex-directeur de l’École de guerre, habituellement très critique sur les dossiers défense, la crédibilité des éléments diffusés lundi serait renforcée par le refus de la France de s'engager en 2003 dans la guerre en Irak. "Le fait que nous n'y soyons pas allés en 2003 et que là nous montrions ces preuves prouve bien qu'il n'y a pas de doutes", dit-il. Ces preuves ne démontrent pourtant pas la culpabilité du régime, ni même que les documents produits aient un lien direct avec l'attaque du 21 juin.

Le volume des stocks chimiques accumulés par la Syrie,
les vecteurs dont dispose l'armée pour les utiliser, suffisent à accuser, selon lui, le régime.

Le général Desportes qui souligne en outre la connaissance qu'ont les services français de la Syrie et la fiabilité de leurs informations, n'a pas gardé en mémoire comment
le général Colin Powell avait été abusé par les documents de la CIA accusant Saddam Hussein en Irak.
Au delà du décryptage de courtes vidéos montrant les corps des victimes alignées, les informations diffusées reposent sur des analyses techniques des services de l'Etat, notamment de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE).

Aucun doute ne l'effleure en particulier sur l'origine des tirs chimiques du 21 août dans la banlieue de Damas, estime l'officier général : "Ça fait très longtemps qu'on sait analyser la provenance d'un projectile, c'est de la balistique extrêmement simple. Ce serait extrêmement surprenant qu'on soit arrivé à de mauvaises conclusions sur ces affaires là". Tout n'est-il pas un peu trop simple ?

Les services de renseignement américains sont parvenus aux mêmes conclusions que leurs alliés français, souligne-t-il, et les Britanniques n'avaient eux-mêmes "aucun doute" sur l'implication du régime syrien. L'intox sur l'Irak reprend à propos de la Syrie.

"Nous sommes dans un exercice de vérité, dans une crise grave des relations internationales dans laquelle se joue la crédibilité des grandes puissances. Je ne pense pas qu'un pays comme la France, qui a une posture morale vis-à-vis du monde, s'amuserait à tricher sur les conclusions de son enquête", conclut le général Desportes décidément fort pour exprimer son sentiment.

Certains 
mettent en garde contre les risques de manipulations,
tandis que d'autres se disent convaincus de la responsabilité du régime syrien.

Les documents  diffusés par Paris divisent les experts
.
Opération vérité du gouvernement ou fuite en avant pour tenter de convaincre l'opinion française du bien-fondé d'une intervention militaire ? 

Les premières interrogations portent sur le choix des informations déclassifiées.
Le document diffusé lundi n'est pas une note des services de renseignement français, mais une "note de Matignon" 
C'est ce que déclare Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R), qui émet de graves soupçons sur l'exécutif qui aurait pioché dans plusieurs rapports des services des éléments pour convaincre les parlementaires et les Français.
"Il n'y pas d'éléments nouveaux. C'est une démonstration par défaut. Ils ne prouvent à aucun moment que c'est Bachar al-Assad qui a conduit l'attaque, ils disent seulement que la résistance n'est pas capable de faire ça. Ce qui, en plus, est discutable", souligne-t-il.

Eric Denécé pointe "une série d'incohérences"

D'abord sur le bilan d'"au moins 281" morts lors de l'attaque du 21 août
près de Damas, avancé par le gouvernement. 
"Ils disent que seul Bachar est capable de conduire une attaque de grande ampleur. Or, 281 morts, c'est une attaque importante, ce n'est pas une attaque chimique de grande ampleur", souligne-t-il : "Si du gaz sarin avait été utilisé, il y aurait eu beaucoup plus de victimes". (cf. l'attentat par la secte Aoum qui a fait 5.500 victimes dans le métro de Tokyo, le 20 mars 1995.)

Autre interrogation sur les vecteurs - obus ou roquettes - qui auraient été utilisés et dont seul le régime syrien disposerait. "On a parlé de roquettes Grad, or toutes les photos que montre la rébellion sont des images de roquettes artisanales que personne ne connaît", fait-il valoir.

D'autres experts ont regretté qu'aucun résultat d'analyses réalisées sur des échantillons prélevés en Syrie n'ait été rendus publics.
Pour Hamish de Bretton-Gordon, ancien officier de l'armée britannique chargé de la défense contre les armes chimiques, les informations des services français confirment les éléments impliquant le régime de Damas fournis vendredi par le secrétaire d’État américain John Kerry. En particulier sur les sites chimiques, les lanceurs, ou le nombre de victimes.
"Un autre membre permanent du Conseil de sécurité vient appuyer ce qu'a dit Kerry, et le niveau de crédibilité de ces éléments est très élevé", a-t-il déclaré : "Je crois que nous sommes tous quasiment certains qu'une substance toxique a été utilisée". C'est une chose et l'identité du maître d'oeuvre en est une autre.

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