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jeudi 12 avril 2018

Les prostituées dénoncent la pénalisation des clients, "préjudiciable" à leur business

Deux ans après sa mise en place, les prostituées n'y trouvent pas leur compte 

Revenus en baisse, violences en hausse : le compte n'y est pas !
Manifestation contre la pénalisation des clients des prostituées,
le 8 avril 2017 à Paris

La mesure la plus saillante de la loi entrée en vigueur le 13 avril 2016 concerne 
les clients de prostituées sur la voie publique qui risquent une amende de 1.500 euros, voire 3.750 euros, en cas de récidive.
Les travailleuses du sexe jugent "préjudiciable" la loi qui pénalise leurs clients, révèle une enquête auprès de plus 600 prostituées publiée par des associations et des ONG, jeudi.
La peur du gendarme coupe la chique des clients, dont le nombre diminue, ce qui provoque une baisse de leurs revenus, pointe l'enquête coordonnée par Médecins du Monde et publiée notamment par l'association Aides, le Planning familial et le Syndicat du travail sexuel (Strass).

Entre avril 2016 et mars 2018, 2.354 clients ont été verbalisés par les forces de l'ordre à travers la France.

En outre, la loi a provoqué une pression à la baisse sur les prix: plus rare, le client "impose plus souvent ses conditions", car c'est lui "qui prend des risques".
L'enquête relève d'ailleurs que 78,2% des travailleuses du sexe interrogées ont constaté une baisse de leurs revenus.
Yang Ma, une travailleuse du sexe chinoise dans le quartier parisien de Belleville, confirme cette tendance. "Avant, je me faisais jusqu'à 400 euros par jour, mais aujourd'hui j'arrive difficilement à 100 euros," assure cette pro d'une cinquantaine d'années.

La raréfaction de la clientèle pousse aussi les prostituées à accepter des clients qu'elles "n'auraient pas acceptés autrefois, quitte (...) à risquer une plus forte exposition aux violences" et à des pratiques sexuelles à risques. 
Ainsi, le refus du préservatif "redevient un enjeu de négociations avec le client" et "certains femmes acceptent parce qu'il faut bien payer le loyer".

Au total, 62,9% des personnes interrogées pour l'enquête "constatent une détérioration de leurs conditions de vie depuis avril 2016", qui se manifestent notamment par un stress plus élevé, de la fatigue, voire un état dépressif. 
La réglementation sur la pénibilité au travail prévoit des mesures pour la prévenir et la compenser. Les facteurs de risque associés sont les contraintes physiques marquées, l'environnement physique agressif, les rythmes de travail. Or, les travailleurs, travailleuses (selon l'expression d'Arlette Laguiller, députée européenne retraitée) du sexe ne sont pas encore organisées en entreprise que la loi oblige à prévenir la pénibilité au travail, quelles que soient sa taille et leurs activités. Lorsqu'un salarié est exposé à des facteurs de pénibilité au-delà de certains seuils, l'employeur doit établir une déclaration. Le salarié bénéficie alors d'un compte professionnel de prévention (C2P) sur lequel il peut accumuler des points : la rémunération au mérite ?
Autre temps, autres moeurs : la provocation a changé de camp

L'abrogation du délit de racolage constitue une autre avancée de la loi, mais, note l'enquête, au niveau local "des villes continuent d'appliquer des arrêtés visant à empêcher le travail du sexe dans certains quartiers".

Les relations avec les forces de l'ordre s'en ressentent: la police est vécue soit comme "une gêne dans le travail", soit exerçant une forme d'intimidation" visant à ce que les travailleuses du sexe "dénoncent" leurs clients.

Certaines prostituées étrangères ajoutent une multiplication des contrôles d'identité, comme à Belleville, par exemple.
Dans la crainte que des policiers lui demandent ses papiers, Yang Ma, qui est une clandestine et travailleuse en situation irrégulière, dit attendre la tombée de la nuit pour travailler, "mais là c'est dangereux, il y a beaucoup d'insécurité".

La loi d'avril 2016 met enfin en place des "parcours de sortie de la prostitution" qui prévoient, entre autres, une aide à l'insertion professionnelle, une aide financière de 330 euros mensuels, versée par l'Etat - comme diraient Hollande et Macron- et une autorisation provisoire de séjour minimale de six mois.

Mais les travailleuses du sexe interrogées veulent cumuler les ressources : les gourmandes refusent que l'abandon de leur activité soit retenue comme l'une des conditions impératives à l'attribution d'un "parcours de sortie", avec les aides afférentes. Le volet financier de l'aide leur paraît "très irréaliste" et la mise en place des commissions qui doivent valider les demandes de "+parcours de sortie+ est très lente depuis avril 2016".

Aiying regrette, elle, un manque d'information. "Personne n'est venu nous voir pour nous expliquer comment ça marche", explique-t-elle, tout en estimant que 330 euros "ça n'est pas suffisant pour vivre".

Au total, 583 prostituées et prostitués ont répondu à cette "enquête qualitative", tandis que 70 autres ont participé à des "entretiens longs".

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