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samedi 3 mars 2018

Législatives en Italie: la part de proportionnelle annonce une coalition et de l'instabilité

Le populisme de gauche ne fait plus recette

Les Italiens renouvellent leur Parlement dimanche dans la crainte des effets de la proportionnelle et d'une période d'instabilité politique

L'Italie en phase de redressement économique vote dimanche à l'issue d'une campagne des législatives qui se tiennent à la suite de la dissolution du Parlement du 28 décembre 2017 et consécutive à l'adoption, par le Parlement en octobre 2017, d'une nouvelle loi électorale régissant les modalités propres aux élections générales rendue nécessaire après l'abrogation partielle de la loi Calderoli et la censure, par la Cour constitutionnelle, de la loi électorale votée par les parlementaires en 2015 et baptisée 'Italicum'.
Or, le mode d'élection des membres du Sénat de la République restait régi par la loi du 21 décembre 2005. Cependant, la loi avait été jugée en partie inconstitutionnelle par la Cour constitutionnelle en décembre 2013.
Une réforme électorale a donc été entreprise en 2017 pour unifier ces deux modes électoraux qui risquaient de rendre l'Italie ingouvernable du fait de leurs divergences. C'est ainsi que la loi Rosatellum bis a été promulguée le 3 novembre 2017 pour instaurer un système mixte pour les deux chambres du Parlement. Il s'agit donc de la loi applicable pour ce scrutin, régime électoral qui n'a pu être appliqué une seule fois.
Les élections se déroulent sur un seul tour de scrutin, le dimanche 4 mars, de 7 h à 23 h, et utilisent un système proportionnel mixte, avec 37 % de sièges attribués au scrutin uninominal majoritaire à un tour et 63 % au scrutin proportionnel, dont 2 % réservés pour les Italiens résidant à l'étranger (vote par correspondance uniquement).
Le Sénat et la Chambre des députés utilisent tous deux la méthode de Hare pour l'attribution des sièges.
Le seuil est de 3 % pour avoir des élus à la proportionnelle (plus un seuil de 20 % sur une base régionale au Sénat). Ce seuil est porté à 10 % pour les coalitions. En dessous de 1 %, les voix obtenues par les partis en coalition ne comptent pas.

Les coalitions de plusieurs partis voient ainsi leurs candidats élus en commun par l'addition de l’ensemble de leurs voix au scrutin majoritaire dans chacune des circonscriptions, tandis que chacun des partis de la coalition se voient attribué des sièges à la proportionnelle selon ses voix propres, obtenus par vote direct ou fractionné.
La chambre des députés est élue sur un bulletin de vote unique. Le bulletin de vote comprend le candidat au scrutin uninominal de la circonscription et les partis et les listes qui le soutiennent, ce qui est utilisé pour déterminer l'
attribution proportionnelle des sièges au niveau régional, avec un seuil minimal de 3 %. Comme pour la chambre basse, le Sénat est élu sur un bulletin de vote unique.
Marqué par la perte d'influence de la gauche disqualifiée par son idéologie, ce scrutin met en oeuvre cette loi électorale voulue par la gauche démocrate et écologiste au pouvoir. 
Selon Marc Lazar, socio-politologue français et spécialiste des gauches et de la vie politique italienne, elle pourrait "avantager les partis du centre droit bien implantés dans le nord du pays et favoriser le Parti démocrate dans la partie centrale du pays, son grand bastion qui tend néanmoins à se lézarder. A priori, le nouveau mode de scrutin pénalise le Mouvement 5 étoiles, qui est fort, mais isolé. En cette veille du scrutin, il semble improbable qu’une majorité claire se dégage à la Chambre des députés et au Sénat, même si le centre droit semble porté par une dynamique électorale qui pourrait peut-être lui permettre de l'emporter". 
Pour Raffaele Landani, professeur de science politique à l'université de Bologne, "l'Italie demeure divisée en deux blocs, l’un de droite et l’autre de gauche, qui ne parviennent pas à avoir une majorité claire forte et stable. Le 4 mars, on risque de voir se répéter le scénario que nous avons connu ces vingt-cinq dernières années, marquées par une alternance entre gouvernements populistes et gouvernements techniques.". 
Selon la fondation Robert-Schuman, étant "davantage proportionnelle que majoritaire, [elle] ne garantit en rien la constitution d’une majorité post-électorale stable".

L'Italie donnera son verdict malgré un système électoral mettant en péril l'avenir du pays 

La loi électorale impose d'obtenir une majorité absolue de 315 sièges de députés (40 % des suffrages) pour être en mesure de former un gouvernement. A deux jours du scrutin, seule la coalition de centre droit dirigée par Silvio Berlusconi paraissait en mesure d'y arriver. En l'absence de sondages interdits dans la dernière phase de la campagne, il fallait s'en tenir aux indiscrétions provenant des partis. Silvio Berlusconi qui n'est pas éligible affirme que sa coalition obtiendra la majorité absolue et qu'au sein de cette coalition Forza Italia, sa formation affiliée au Parti populaire européen (PPE), aurait une voix prépondérante. 
Seulement si ces deux conditions étaient remplies, il pourrait désigner celui qui serait appelé à devenir le futur président du Conseil. Berlusconi a déjà indiqué son choix: Antonio Tajani. Catholique modéré aux lettres de créance européennes impeccables, le président du Parlement européen (65 ans) a confirmé jeudi qu'il était prêt à quitter son fauteuil à Strasbourg. 

La gauche se délite.
Elle n'est pourtant pas convaincue d'une victoire aussi facile de la coalition de centre droit. En fait, il semble qu'elle dépende encore des résultats d'une trentaine de circonscriptions où la compétition est particulièrement tendue, dans les grandes villes et dans le Sud. Si la coalition de centre droit sortait victorieuse, mais que Forza Italia ne l'emportait pas, Matteo Salvini,  député européen depuis 2004 et secrétaire fédéral de la Ligue du Nord (LN), se proposerait pour aller au Palais Chigi. Un duel féroce l'oppose à Silvio Berlusconi, dont il est l'allié et néanmoins le rival. Son parti, la Ligue (ex-Ligue du Nord), est une formation nationaliste, eurosceptique et alliée à Marine Le Pen. Orateur rugueux de 45 ans, Salvini a eu recours dans cette campagne aux thèmes que la gauche qualifie de "sécuritaires et racistes" pour s'attirer un électorat déçu qui compte encore un grand nombre d'indécis à la veille du scrutin et que la gauche sortante n'a pas convaincu. 

Les autres formations sont au coude à coude. 
A commencer par le Mouvement 5 étoiles (M5S, antisystème). 
Crédité de 28 % à 29 % des suffrages, il deviendra sans doute la première force politique du pays. Son leader, le jeune Luigi Di Maio (31 ans), est convaincu de pouvoir briguer la présidence du Conseil. Le M5S devra toutefois compenser son isolement sur la scène politique - il a refusé toute alliance électorale - en proposant à d'autres formations de voter son programme. Ce qui paraît assez aléatoire. Pour le moment, il a désigné jeudi dix-sept ministres d'un hypothétique "cabinet fantôme", comportant une majorité de professeurs d'université inconnus du grand public. Une procédure pour le moins inhabituelle qui lui vaut bien des sarcasmes. 

Quant au Parti démocrate, il apparaît comme un risque de retour au passé. 
Son secrétaire, Matteo Renzi, dramatise les enjeux avec véhémence. Vendredi encore, il diabolisait ses opposants, déclarant"craindre un pacte entre la Ligue et le M5S", une sorte de sainte alliance contre-nature, populiste et extrémiste, dont "l'Italie a tout à redouter".  
Les problèmes que la gauche n'a pas résolus pèsent sur ces législatives :

En cas d'impasse politique lundi matin
Le président du Conseil, Paolo Gentiloni, issu d'une lignée aristocratique mais membre du Parti démocrate (PD), qui gouverne depuis décembre 2016, ferait figure de recours. Démocrate apprécié de la gauche et fort de l'appui de ses semblables européens (Angela Merkel, coalition de centre gauche, ou Emmanuel Macron, ex-socialiste collaborateur de François Hollande), il n'a pas démontré qu'il a la fermeté pour continuer à piloter l'Italie dans une phase troublée. Lui aussi se déclare "très inquiet" de l'affirmation du populisme qu'il incarne pourtant à gauche, visant aussi bien la coalition de Silvio Berlusconi que le Mouvement 5 étoiles. "Ils risquent de remettre en cause les fondements européens érigés en soixante ans d'histoire", raconte-t-il en appelant à "un vote utile contre le populisme sous peine de retourner au passé". 
Les trois derniers présidents du Conseil (Enrico Letta, Matteo Renzi et Paolo Gentiloni) sont  membres du PD, ont appartenu à l'actuelle législature et leur parti se trouve sur la défensive. Il veut espérer un sursaut lui permettant de former le premier groupe au Parlement. 

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