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dimanche 19 octobre 2014

Martine Aubry (PS) tire à boulets rouges contre son camp

Un réquisitoire qui place la maire de Lille à la tête des "frondeurs"

La ch'tite maire se pose en rassembleur des frondeurs en tous genres contre le "social-libéralisme" de François Hollande


Elle sort du bois pour se poser clairement en chef de file des députés PS frondeurs. L'ancienne ministre du Travail, puis de l'Emploi passe en effet à l'offensive, affichant sa radicalité en éreintant la politique économique de Hollande et Valls
"Je demande qu'on réoriente la politique économique (...) (Il faut) emprunter le bon chemin dans les deux ans qui viennent", faute de quoi la gauche va "échouer", lance la Cassandre du PS en direction du chef de l'État, qui l'a battue lors des primaires de 2011 pour la présidentielle. "Je ne me résigne pas (...) à la victoire de la droite en 2017", lâche-t-elle encore dans un entretien au JDD.

Martine Aubry s'était déjà montée en première ligne ces derniers mois en s'insurgeant contre la réforme territoriale menée par son amie Lebranchu et l'abandon de l'encadrement des loyers, mais elle semble avoir armé sa kalach. Elle a d'ailleurs lancé une première salve dans la nuit en publiant sur Internet sa contribution aux états généraux du PS, où elle plaide pour "une nouvelle social-démocratie", un projet qui n'est, insiste-t-elle, "ni le libéralisme économique, ni le social-libéralisme". Un texte signé à ce stade par 34 responsables socialistes : des frondeurs comme Jean-Marc Germain (époux Hidalgo) et Christian Paul (député de la Nièvre), des présidents de région, Jacques Auxiette (Pays de la Loire), François Bonneau (Centre), Marie-Guite Dufay (Franche Comté) et René Souchon (Auvergne), les ex-ministres François Lamy (son homme lige pour représenter son courant au gouvernement Ayrault) et Philippe Martin (éphémère ministre de l'Ecologie), des présidents de conseils généraux (Matthieu Klein, André Vezinhet), mais aussi des députés non étiquetés "frondeurs", mais ni le président de la Région Nord, ni aucun des présidents du Pas-de-Calais (Michel Dagbert), ni du Nord (Didier Manier).

Un bilan largement négatif

La bagouze étincelante pour
convaincre les socio-libéraux ?
Tout l'entretien est un réquisitoire contre l'action du tandem Hollande-Valls, bien qu'elle concède que l'exécutif aurait, selon elle, accompli quelques "bonnes choses" citant, en une petite phrase, gage de  sa positivité, "le retour de la France sur la scène internationale, les moyens complémentaires donnés à la police, à la justice, à l'éducation, la retraite à 60 ans pour les longues carrière". "Nous avions prévu qu'à mi-mandat, la croissance serait revenue, le chômage en repli et les déficits réduits en deçà de 3 %. Ce n'est pas le cas. Il nous faut trouver au plus vite le bon réglage des politiques économiques qui permettra de sortir la France de la crise", assène-t-elle à la veille du vote en première lecture de la partie recettes du budget 2015.

Aucune proposition, que des critiques 
- sur le fond de la politique menée. "Regardons la vérité en face. La politique menée depuis deux ans, en France, comme presque partout ailleurs en Europe, s'est faite au détriment de la croissance", ou encore : "Il n'y a pas d'un côté les sérieux et de l'autre les laxistes. Mais je demande une inflexion de la politique entre la réduction des déficits et la croissance."
- mais aussi sur la gouvernance Hollande : il faut "refaire de la politique", "donner la destination du voyage" car "on n'a pas fixé le cap", déplore la sexagénaire visiblement en partance pour une nouvelle aventure en 2017.

Aubry, candidate ?

Autre bague à diamants:
"Si à 60 ans on n'a pas une grosse 
collec de bagouzes, 
on a raté sa vie"

Faut-il lui baiser l'anneau?"


Martine Aubry franchit un pas supplémentaire aux côtés des "frondeurs en admettant pour la première fois publiquement "partager leurs propositions" économiques. Elle "regrette" au passage "que le Parlement n'ait pas pu en discuter" dans le cadre du pacte de responsabilité et de solidarité. "J'espère que la prise de conscience sera là, que le débat aura lieu. En tout cas, plus on sera nombreux à le dire à gauche - élus nationaux ou locaux, mais aussi dans la société civile -, plus on aura une chance d'être entendus", lance-t-elle en guise d'avertissement et d'appel au ralliement. À l'instar de ces frondeurs de la gauche radicale du parti, elle oppose d'ailleurs les Français en fonction de leurs revenus, jugeant dans une approche marxisante que "20 milliards d'euros peuvent et doivent être libérés sur les 41 milliards d'euros" d'aides aux entreprises.


Restant dans le flou, l'ex-ministre des Affaires sociales du gouvernement Jospin conseille vaguement de "mieux cibler les aides aux entreprises sur celles qui sont exposées à la concurrence internationale et sur celles qui investissent et embauchent", un "plan de soutien à la croissance qui touche les ménages et les collectivités locales", ainsi qu'une "fusion" du CICE (crédit d'impôt compétitivité emploi) avec le crédit d'impôt recherche, sans chiffrage, ni aucune précision de montant, de méthode ou de calendrier.

A son tour, elle juge aussi qu'une grande réforme fiscale "est plus que jamais nécessaire pour réconcilier les Français avec l'impôt" et surtout "préférable à des mesures au fil de l'eau, aux allers-retours sur les mesures fiscales, aux baisses des prestations familiales ou au gel des retraites qui inquiètent les Français en situation difficile". Seul à échapper à ses piques assassines, le patron du PS, le trotskiste Jean-Christophe Cambadélis, qui était son candidat contre Harlem Désir et dont elle salue l'initiative "salutaire" des états généraux.

"Il faut en finir avec les vieilles recettes libérales. Ne perdons pas notre temps dans des débats du passé sans cesse remis sur la table par le MEDEF : le repos dominical, c'était il y a un siècle, l'assurance-chômage, soixante ans, les lois Auroux et les seuils sociaux, trente ans, les 35 heures, seize ans", ajoute-t-elle en visant autant le gouvernement Valls que le patronat.

Une façon de se poser très clairement en recours à gauche. Pourtant, promis juré, elle n'est "candidate" à rien d'autre qu'au "débat d'idées". Mais ça servirait à quoi que la ch'tite se décarcasse en démagogie?
Sur son créneau, Montebourg va devoir sortir de sa retraite.

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