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lundi 22 septembre 2014

A Berlin, Valls confirmera qu'il ne peut toujours pas remplir ses engagements

Valls tentera de défendre ses réformes auprès de Merkel 

Le chef de l'Etat semble avoir renoncé...
Alors que la France est dans l'incapacité de respecter ses engagements en matière de déficits publics, Hollande envoie son premier ministre en mission commando auprès de la chancelière allemande ce lundi.
"La France décide elle seule de ce qu'elle doit faire", selon Manuel Valls à l'Assemblée nationale lors son discours de politique générale la semaine dernière, mais il va maintenant devoir prouver à Angela Merkel que ces mots creux ne sont pas pure fanfaronnade.
Le premier ministre français rencontre la chancelière allemande, ce lundi, en fin de matinée à Berlin. Merkel n'aura que vingt minutes à consacrer  leur tout premier tête-à-tête.Il sera suivi d'un déjeuner de travail puis d'une conférence de presse commune. Valls attend beaucoup de cette rencontre. "Il souhaite, explique-t-on à Matignon, établir une relation personnelle avec Angela Merkel et qu'elle puisse mesurer qu'elle a affaire à un premier ministre qui tient la route"...

Valls devra convaincre de sa capacité à passer du dire au faire 

Le premier ministre arrive à Berlin avec un lourd handicap: la France est, à nouveau, contrainte de renoncer à ses engagements en matière de finances publiques. Le 3e gouvernement de Hollande promettait de ramener ses déficits sous la barre des 3% en 2015, mais il n'est plus sûr désormais d'y parvenir pour 2017. 
Pour la troisième fois, la France ne tient pas ses engagements. Suite au nouveau dérapage du déficit français, la Commission européenne a demandé à Valls de présenter des "mesures crédibles". "Fière du budget allemand, Angela Merkel a quant à elle rappelé les pays européens à leur devoir de discipline budgétaire. En avril dernier, lors de son tout premier déplacement en Allemagne en tant que premier ministre, Valls avait assuré que ces objectifs seraient tenus. Entre-temps l'inflation s'est ralentie dangereusement et Valls n'hésite plus à accuser une déflation menaçant toute l'Europe, alors que l'Allemagne de Merkel, si décriée soit-elle par la gauche française, parvient à présenter un budget en équilibre.
Les frondeurs du PS entravent l'action du gouvernement socialiste. Pour desserrer l'étau, Valls est donc contraint de réduire le rythme de réduction des déficits. En dépit de la charge de la réunification des deux Allemagnes assumée par Helmut Schmidt (SPD), Helmut Kohl (CDU) Gerhard Schröder (SPD) à partir de novembre 1990, François Hollande a prétendu qu'on ne pouvait lui demander à lui "de faire en cinq ans ce que nos amis allemands ont fait en dix ans dans un contexte plus favorable", le socialiste s'arrangeant donc avec l'Histoire lors de sa conférence de presse. 
Le premier ministre souhaite maintenant créer en Europe "une coalition pour la croissance et l'investissement en Europe".  Tandis que Hollande se consacre à l'Afrique et au Proche Orient, son premier ministre compte multiplier les déplacements en Europe afin de convaincre les partenaires. Après l'Espagne et l'Italie, il se rendra à Londres, au Luxembourg et aux Pays-Bas en octobre. Une rencontre avec la chancelière était une étape obligée.

Or, les prétentions de la France passent très mal dans une Allemagne qui se réforme courageusement depuis les années 2000 et vient en outre de présenter son tout premier projet de budget à l'équilibre depuis 1969, au titre de l'année 2015. Lors de la présentation au Bundestag il y a dix jours de ce budget pour 2015, le ministre des Finances Wolfgang Schäuble avait marqué sa différence avec la France: "On ne peut acheter des emplois et de la croissance avec de l'argent public". Il avait également mis en garde ses partenaires européens: "Nous avons prouvé ces dernières années (...) qu'une politique budgétaire solide est la meilleure politique pour la croissance et pour l'emploi. Et nous ne dévierons pas de notre chemin.
Dimanche soir, au cours de son entretien sur France 2, l'ex président Nicolas Sarkozy s'est inquiété des projets de la France. "J'ai un peu honte quand on demande au meilleur de la classe d'apprendre moins bien ses leçons pour que ceux qui sont derrière puissent avoir une meilleure note. "

La conversation avec Valls risque d'être difficile

Le premier ministre a assuré la semaine dernière qu'il ne se rend pas sur place "pour s'excuser auprès de la Chancelière". Selon Matignon, il ne veut ni "quémander", ni "réclamer", ni "négocier", juste "expliquer", avec des mots, plutôt qu'avec des éléments. "Il souhaite convaincre sur les réformes conduites en France", raconte l'entourage du premier ministre en énumérant le pacte de responsabilité qui ne démarre pas, les négociations sur les seuils sociaux dont les entreprises jugent pourtant lourd le coût social et fiscal et contraignante la réglementation, ou encore le texte sur la croissance et le pouvoir d'achat dont on ne sait rien, puisqu'il est en cours d'élaboration à Bercy ! 
"Il y a aussi en Allemagne un débat vif sur l'orientation de l'Europe", pointe Matignon avec maladresse, visant le recul de la croissance de 0,2 % au deuxième trimestre et le déficit chronique d'investissement dont souffre le pays. Les socialistes du journal Le Monde titrent même, un brin catastrophistes et malveillants: "Brutal coup de frein à la croissance en Allemagne"...

Si démuni soit-il, Valls plaidera pour plus de croissance et d'investissement en Europe. Selon Matignon, le premier ministre s'efforcera de faire croire à Merkel qu'il "réforme structurellement l'économie française", convaincre de son "sérieux" d'un point de vue budgétaire avec les 50 milliards d'économies programmées sur les trois prochaines années et que sa politique est soutenable puisque les godillots de l'Assemblée a voté une relative confiance la semaine dernière. Il faudrait donc que Merkel et Schäuble ne sachent rien de l'impopularité de Hollande ni de l'opposition des frondeurs au Parlement et des salariés sinistrés dans la rue, comme à Morlaix.  

La France en position de faiblesse
Depuis l'élection du président François Hollande en 2012, les multiples appels français aux responsables de la première économie européenne pour qu'ils relâchent les cordons de la politique budgétaire sont restés vains, malgré le renfort du nouveau chef de gouvernement italien Matteo Renzi, lequel commence déjà à faire déchanter son pays. "Aucune raison pour de quelconques corrections dans la politique économique", rétorquait Berlin début août quand François Hollande lui réclamait plus d'investissements pour "un soutien plus ferme à la croissance".
Fin de non-recevoir réitérée après le discours de Manuel Valls: les critiques sur le supposé manque d'investissement public allemand sont "vaines". Angela Merkel doit une large part de sa popularité record à sa détermination à défendre les intérêts allemands dans la crise financière. Et la presse allemande, au départ charmée par la ligne réformiste de Manuel Valls, s'est montrée sévère ces derniers jours. "François Hollande titube d'un échec à l'autre. Les résultats pitoyables de sa présidence, il les doit à l'absence d'une ligne directrice claire", railla à l'arrivée de Valls le conservateur Die Welt, pour lequel "le changement du premier ministre et de deux, trois ou 19 ministres n'aura guère d'importance sur le fond, au mieux une valeur psychologique et propagandiste".

Si Manuel Valls se rend en Allemagne, c'est aussi, dit-on, pour ramener "le logiciel" du pays. Au cours de son déplacement, accompagné de son nouveau ministre de l'Economie Emmanuel Macron, il rencontrera les syndicats allemands, le patron de la puissante confédération syndicale DGB, Reinher Hoffman, proche du parti social-démocrate, puis tentera de faire passer son message auprès des patrons de l'industrie allemande (BDI).
Le premier ministre avait prévu de passer deux jours pleins sur place, mais le dialogue s'annonçant difficile, Matignon fait savoir que le premier ministre est contraint d'écourter la durée de son déplacement, au prétexte d'un discours sur l'Irak qu'il doit prononcer mercredi à l'Assemblée nationale. Il visitera lundi après-midi à Hambourg l'usine Airbus, le symbole de la coopération industrielle européenne. Mais il ne se rendra pas à Stuttgart mardi après-midi.

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