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samedi 21 juin 2014

Les avantages fiscaux des journalistes, une niche qui pue !

L'abattement fiscal des journalistes n'était déjà pas justifié avant la crise 
Le nouveau gouvernement va chercher très loin comment tailler dans les niches fiscales 
"Mettons fin aux privilèges fiscaux des journalistes", telle est le titre de la pétition ouverte en mai dernier sur internet.  
En cause: l’allocation pour frais d’emploi, 7.650 euros que les journalistes déduisent de leurs revenus imposables. Ce privilège permet à un professionnel gagnant 3.000 euros par mois de voir le montant de ses impôts "divisé par près de deux" : 
"Il ne paiera que 2.125 € d’impôts par an, alors qu’un autre contribuable avec les mêmes revenus que lui sera imposé à hauteur de 4.153 euros".
"Une déduction d’impôt corporatiste coûteuse pour les contribuables !", "un privilège qui n’a plus de justification !", " moins 40% d’impôts pour usage de mascara !", dénonce le texte.

On peut le lire notamment sur le blog d’Eric Normand, conseiller national UMP et membre du Comité de la 13e circonscription de Paris (sud du 15e arrondissement). Le politique a même pris soin de tweeter ce qui pourtant a tout d’un serpent de mer. Il y a quinze ans, on parlait d’"abattement fiscal" et ça faisait râler. Aujourd’hui, on parle de déduction. Et ça fait grogner. Toujours la même question : au nom de quoi les journalistes bénéficieraient-ils d’un avantage fiscal auquel les autres professions n’ont pas droit ? A l’heure où François Hollande prévoit de s’attaquer aux niches fiscales, est-il justifié ?

Régime spécial

L’avantage remonte à 1934. A l’époque, une liste a été établie de 110 professions supposées avoir des frais professionnels supérieurs aux autres, déjà exonérées de 10% de leurs revenus à ce titre. Comme le rappelle le site Slate.fr, on trouvait dans cet inventaire à la Prévert des métiers "délicieusement surannés" : les ouvrières de la bonneterie dans la région de Ganges, exonérées de 5% supplémentaires, les limeurs de cadres de bicyclettes du département de la Loire (15%), les tisseurs non propriétaires de leur métier (40%), ou encore les journalistes, exonérés de 30% supplémentaires pour compenser la faiblesse ou l’absence de remboursement des frais professionnels par les éditeurs.

En 1996, le gouvernement Juppé décide d'en finir avec ces niches désuètes. Sauf une, celle des journalistes, soumise à négociation avec les syndicats. Ce qui , sous la pression d’une profession qui a les moyens de se faire entendre, aboutit en 1998 à… son maintien sous le gouvernement Jospin. Ou plutôt : l'abattement de 30%, socialement scandaleux –"plus tu gagnais, plus tu déduisais", résume un journaliste-, a été transformé en un forfait de 7.650 euros, à déduire du revenu imposable, quel qu'en soit le montant.

L'"allocation pour frais d’emploi des journalistes", moins coûteuse pour l'Etat, se veut ainsi plus juste, car plus profitable aux petits salaires et aux journalistes précaires. François Boissarie, membre du Comité national du Syndicat national des journalistes (SNJ) en charge des questions fiscales, précise :
"Il s'agit des pigistes, des CDD, de tous ceux qui n’ont pas une rédaction derrière eux qui rembourse leurs frais, et qui représentent un quart de la profession."
Le bénéfice est net pour les journalistes qui gagnent autour des 3.000 euros par mois, puisqu'il qu'il leur permet de passer sous les seuils sociaux (Caisse d'allocation familiale) ou bancaire (prêt à taux zéro). En revanche, il est nul pour les jeunes précaires, non imposés.

Trierweiler et Pulvar en embuscade ?

Audrey Pulvar a démenti être intervenue auprès de François Hollande avec Valérie Trierweiler pour rétablier l'abattement de 30% des journalistes. (HALEY/SIPA)
A.Pulvar a démenti être intervenue auprès de Hollande
avec le concours de sa consoeur Trierweiler
 pour rétablier l'abattement de 30% des journalistes.
En vérité, cette allocation n’a pas grand chose à voir avec les "frais d’emploi". En 2010, le ministre du Budget François Baroin, à nouveau interpellé sur la question, la justifiait avec indulgence comme une "aide indirecte à la presse", secteur en crise sous perfusion des subventions de l’Etat. François Boissarie justifie :
"Si l’allocation est supprimée, les journalistes réclameront une compensation à leur employeur qui, n’ayant pas les moyens, demandera de l’aide à l’Etat".
Lors des Etats généraux de la presse, François Fillon et Nicolas Sarkozy avaient trop à faire avec la crise pour remettre en cause cet équilibre salarial.

Le texte relayé par Eric Normand  zappe les précaires pour orienter ses attaques contre les gros bonnets. "Cette pétition s’intéresse aux stars de l’audiovisuel, comme Pujadas, plutôt qu’aux 38.000 journalistes, dont près de la moitié touche des salaires inférieurs à 3.000 euros par mois", observe François Boissarie. Les journalistes qui touchent des salaires supérieurs à 10.000 euros mensuels sont à peine plus de 200. Mais ce sont eux qui intéressent les pétitionnaires. Selon ce texte, les journalistes du petit écran auraient réclamé 10% d’abattement supplémentaire, "au titre du remboursement des ‘frais esthétique’" :
"Les stars du JT apprécieront cette attention. Les mieux payés de nos 'stars du petit écran' profiteront d’un cadeau fiscal pouvant atteindre 80.000 euros".
Sauf qu’il n’existe aucune trace de cette demande. De la même façon, un article sur le site de droite Opposition republicaine révèle que deux médiatiques journalistes auraient joué de leurs relations pour remettre l’abattement de 30% au goût du jour. L’auteur écrit :
"Avant les primaires les syndicats de journalistes notamment de l’humanité ont demandé à François Hollande de rétablir l’abattement de 30% pour les journalistes, de plus, chose étrange une certaine Valérie Massonneau (plus connu sous le nom de Valérie Trierweiler, future Madame Hollande) fut la porte-parole des journalistes accompagnée bien sûr d’Audrey Pulvar".
Il faut savoir que celle-ci, ex-concubine du ministre PS Montebourg et fille de syndicaliste indépendantiste antillais, s'offre des lunettes à des prix astronomiques: lien PaSiDupes 

"Est-ce pour ces raisons que les journalistes ont tout fait pour faire élire François Hollande?", interroge en titre l’auteur de l’article. Mais, selon le SNJ, tout cela serait faux : "Je viens d'avoir notre délégué à l'"Humanité" qui dément (en toutes objectivité et sincérité) toute intervention auprès d'Hollande et du PS sur quelque question que ce soit et notamment sur le plan fiscal", assure François Boissarie. Si Valérie Trierweiler "n’a pas souhaité s’exprimer publiquement mais dément", Audrey Pulvar s’est en revanche fendue d’un droit de réponse publié illico sur le blog d’Eric Normand :
"L’équipe d’Audrey Pulvar [sic] me fait savoir que Madame Pulvar n’est pas intervenue auprès de François Hollande pour obtenir le rétablissement de l’abattement fiscal de 30% pour les journalistes. Par souci de transparence, je tenais à en faire part aux lecteurs de mon blog."
Allocation pour frais d'emploi, RAS

Il faut dire que l'ex-journaliste d' "On n'est pas couché" et le le détracteur ont déjà eu affaire l’un à l’autre. Le blogueur n’est autre que celui qui, en février dernier, commentait l’agression dont avaient été victimes Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg par un groupe scandant slogans d’extrême droite et injures antisémites, en ces termes :
"C'est malheureux, mais à force de stigmatiser les gens en les insultant, ça arrive." Un retour de boomerang...
La journaliste n'avait pas manqué de polémiquer sur Twitter : "M. Normand réagit comme quelqu'un qui dirait à une femme violée: 't'avais qu'à mieux t'habiller'. Minable".

Ce qui est prévu, c'est que cette allocation devrait encore échapper à la chasse aux niches fiscales promise par François Hollande. Au regard du flou de sa réponse, le cabinet d’Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, n'a visiblement pas encore ressenti l'obligation morale de travailler la question, ne serait-ce que pour financer le régime social des intermittents. Interrogé sur l'avenir de l'allocation, il déclare, à la façon de F. Baroin :
"C’est un soutien précieux pour la liberté de la presse et pour les jeunes journalistes. Nous souhaitons le conserver. Il sera discuté en loi de finance et intégré dans la concertation Lescure sur le numérique".
Le gouvernement de Jean-Marc Ayrault prévoyait de fixer un plafond de déduction pour les niches fiscales à 10.000 euros. L'allocation pour frais d'emploi des journalistes, elle-même plafonnée à un niveau inférieur, ne devrait donc pas être remise en cause....

1 commentaire :

  1. Je gagne 1300 euros par mois. Célibataire sans enfants et locataire, je paie tout de ma poche. Mon frère vie chez mes parents, journaliste (en fait secrétaire de rédaction) dans un journal local très connu dans le Midi, 2000 euros par mois, sorties offertes par le journal subventionné par mes impôts (cinéma, théâtre, concerts, restaurants... gratuit). Ben vous allez rire, je paye des impôts lui touche un chèque du fisc. Il n'y a pas de justice fiscal. L'Ump j'ai déjà essayé, le Ps on ne m'y prendra plus JA-MAIS. J’essaie Marine à la prochaine, mais j’espère que ça pétera avant. C'est toujours les mêmes qui trinquent.

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